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aDr. yAKHLEF HACENE - APPROCHE SYSTÉMIQUE POUR l’Analyse DU RÔLE de la paille traitée à l’ammoniac ou à l’urée dans l’amélioration des systèmes alimentaires ovins


 

L’élevage ovin qui représente en Algérie un important patrimoine zootechnique risque à court terme d’être menacé par la dépréciation sérieuse des écosystèmes. Le déficit fourrager est en effet de plus de 4 milliards d’UFL. L’une des voies les plus prometteuses pour renforcer l’apport alimentaire des ovins et contribuer ainsi à une résorption partielle de ce déficit fourrager, sans consommation supplémentaire de terre, serait la valorisation des pailles par un traitement à l'urée ou à l'ammoniac. Toutefois, des questions se posent encore sur leur efficacité zootechnique et économique et surtout la définition des systèmes d’élevage ovins susceptibles de les intégrer.

Pour répondre à ces interrogations, deux grandes catégories de méthodes de recherche sont mises en œuvre :

Une approche systémique pour l’élaboration d’un diagnostic des systèmes d’élevage ovins à l’échelle de trois situations zonales contrastées. Ce diagnostic a pour objet l’identification, sur la base de critères technico-économiques, des systèmes  en mesure d’adopter la technique de traitement des pailles.

Des méthodes expérimentales appropriées pour: 

l’évaluation en station, sur une longue période, des performances zootechniques et économiques permises par les rations à base - de paille traitée à l’urée ou à l’ammoniac,

vérifier et valider en milieu éleveur les résultats obtenus en station et promouvoir le développement de systèmes d’alimentation des ovins à base de paille traitée dans les conditions que le diagnostic aura déterminé.

 

Ainsi, le premier objet de cette thèse est d’identifier les atouts et les contraintes d’une intégration de la technique de traitement des pailles par les systèmes d’élevage ovins qui auraient été reconnu. Une synthèse bibliographique sur les facteurs de réussite du traitement à l’urée ou à l’ammoniac a mis en évidence que sur le plan technique, la valorisation de la paille dépend surtout de l’efficacité technologique permettant d’améliorer sa valeur nutritive. Cependant, cette valorisation ne se justifie que lorsque :

- Sur le plan nutritionnel, la part de la paille dans la ration est supérieure à 50% et la part du concentré dans la ration avec de la paille est inférieure à 30%,

- Sur le plan économique, le coût de l’énergie achetée sous forme de concentré est supérieur à l'énergie procurée par le traitement de la paille et la valeur de la paille non gaspillée grâce au traitement est supérieure au coût du traitement.

La mise en œuvre de la technique de traitement nécessite donc une approche régionale pour tenir compte de la diversité des situations. Elle doit être en outre raisonnée dans le cadre global de l’exploitation et de son système de production d’autant plus que sur le plan strictement économique, l’évaluation du coût de revient du kg de paille traitée à l’ammoniac (1,08 DA) mais surtout à l’urée (2,19 DA) peut difficilement  rivaliser avec l’orge produite ou importée surtout en période de soudure (novembre- février) où l’on observe un important accroissement du prix de la paille.

L’étude de l’élevage ovin à travers ce diagnostic, réalisé dans 3 zones écologiques aux caractéristiques forts différentes (Chlef pour la zone agro-pastorale du Nord, Tiaret pour la zone céréalière et Mâamora pour la zone steppique) a permis l’élaboration d’une typologie des systèmes d’élevage ovins.

Les systèmes définis sont :

Pour la zone de Chlef : Les gros éleveurs, les petits élevages familiaux et les élevages de subsistance,

Pour la zone de Tiaret : les sédentaires, les semi sédentaires et les semi sédentaires transhumants,

Pour la zone de Mâamora : les sédentaires, les semi sédentaires et les semi sédentaires transhumants.

Ces systèmes d’élevage se distinguent par des différences tant au niveau structurel qu’au niveau des techniques et des pratiques alimentaires mises en œuvre (utilisation des pâturages, déplacement des animaux, nature et niveau de la complémentation…). De leur analyse, il ressort que seuls les gros éleveurs du Nord de l’Algérie et les éleveurs sédentaires de la zone céréalière réunissent le maximum d’atouts (disponibilité de grandes quantités de paille, faible part du concentré dans la ration…) pour l’intégration de la technique de traitement des pailles. Son adoption permettrait une économie de fourrage qu'elles pourront mettre sur le marché contribuant ainsi à une résorption partielle du déficit fourrager.

 

Le deuxième objectif de cette thèse est une contribution expérimentale pour explorer la validité en station et en milieu éleveur de la technique de traitement de la paille à l’urée ou à l’ammoniac.

En station, nous avons essayé d’évaluer sur deux cycles de reproduction l’utilisation de la paille traitée à l’urée ou à l’ammoniac par la brebis de la race Ouled-Djellal. Les résultats relatifs aux performances zootechniques et économiques sont comparés à ceux obtenus avec des sujets de la même race alimentés de paille non traitée. Les résultats obtenus montrent l’effet positif du traitement de la paille à l’urée ou à l’ammoniac sur :

La croissance des agnelles à la suite de l’augmentation des quantités de matières sèches ingérées et de l’amélioration de la valeur nutritive des pailles traitées,

Les performances de reproduction des brebis en enregistrant un taux de fécondité plus élevé (82 et 83% en moyenne respectivement pour le lot PTNH3 et pour le lot PTU) et une productivité plus intéressante (68 et 71% en moyenne respectivement) par rapport au lot PNT qui enregistre un taux de fécondité, de mortalité et de productivité de 71 ; 56 et 67% respectivement,

Le poids à la naissance des agneaux avec 3,8 et 3,4 kg en moyenne pour les 2 mises bas pour respectivement le lot PTNH3 et le lot PTU contre 3,3 kg pour le lot PNT,

 L’évolution pondérale de la naissance au sevrage et en particulier pour les agneaux issus du lot PTNH3(16 kg en moyenne pour les 2 mises bas contre 14 kg pour le lot PNT),

Le coût de revient du kilogramme de croît des agneaux.

 

En milieu éleveur, nous avons évalué les performances zootechniques d’un lot de brebis de la race Ouled-Djellal (lot 3) conduites en bergerie intégrale et recevant un régime à base de paille traitée à l’ammoniac complémenté avec des quantités variables d’orge (150, 300 150 et 300 g respectivement durant les périodes de croissance modérée, de lutte, de gestation et de lactation). Les résultats obtenus sont comparés d’une part, à ceux d’un lot témoin (lot 1) conduit en traditionnel (sur jachères et sur parcours avec une distribution de foin de vesce avoine de mauvaise qualité et de 300 g d’orge durant les deux derniers mois de gestation et la période de lactation) et d’autre part, à ceux d’un deuxième lot (lot 2) conduit en traditionnel mais placé dès le 4ème mois de gestation dans les mêmes conditions d’alimentation que le lot expérimental.

Les résultats obtenus par le lot expérimental (lot 3) sont particulièrement intéressants puisque :

Aucun cas de toxicité des pailles traitées à l’ammoniac n’a été observé,

La paille traitée à l’ammoniac complémentée avec une dose modérée d’orge (150 g) a permis un croît de 40 g/j,

La productivité enregistrée (83%) est nettement supérieure à celle du lot témoin (14%),

La fertilité mesurée (92%) est nettement supérieure à celles obtenues par le lot 1 (26%) et le lot 2 (46%),

Les performances des brebis (variation de poids) et des agneaux (poids à la naissance, croissance 0-30 jours) sont de loin supérieurs à celles réalisées par les lots 1 et 2.

 

* Thèse de Doctorat d'Etat en sciences animales soutenue par le Dr. YAKHLEF HACENE. Spécialiste du développement de l'élevage et Enseignant Chercheur à l'Institut National Agronomique d'El Harrach.