Industrie agroalimentaire

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INDUSTRIES AGRO-ALIMENTAIRES

 

 


2 z. adli, a. ferrah, s. yahiaoui, KACI m., CHEHAT F- Le développement de la PME en Algérie : l’impératif de mise a niveau des institutions

 

Introduction

Le fait est indéniable. Les petites et les moyennes entreprises (PME)(1)jouent un rôle fondamental dans le processus de développement économique et social. Par la flexibilité de leurs structures, leur capacité à s’adapter aux pressions multiformes de l’environnement économique, leur aptitude à assurer une intégration économique et le développement des régions, les PME sont au centre des politiques industrielles et des préoccupations politiques des États soucieux de préserver et de développer l’emploi.

Les PME s’érigent, aujourd’hui, en acteurs majeurs de la sphère  industrielle des pays développés  à l’instar des pays de l’Union Européenne. Le cas de l’Italie est à cet effet fort éloquent en ce sens que les petites entreprises participent pour 80 % et 60 %  dans la création des emplois et de la valeur ajoutée respectivement.  

 

En Algérie, il faudra remonter à la fin des années 80 pour déceler les prémices d’une option favorable au développement des PME privées. Le regain d’intérêt pour les PME apparaît de manière perceptible à la faveur de la mise en œuvre du processus des réformes économiques libérales. L’orientation en faveur des PME est apparue, dans le contexte de la transition vers l’économie de marché, comme une alternative à la relance des investissements et à l’essoufflement du modèle d’industrialisation de base en Algérie attesté par l’effondrement du secteur public économique.

 

Le développement de la PME a connu un essor remarquable favorisé par les politiques publiques incitatives en termes d’encadrement institutionnel, d’aides publiques, de réglementation et de mise à niveau. Cette tendance transparaît, notamment, dans le secteur des industries agroalimentaires dont les structures ont connu une transformation radicale à la suite de la libéralisation des marchés des produits agroalimentaires et la restructuration des entreprises publiques impliquées dans les principales filières agroalimentaires (Céréales, aviculture, lait, corps gras).

Mais en dépit de leurs atouts, les PME privées présentent aujourd’hui des structures économiques, financières et organisationnelles fragiles laissant suggérer que les efforts de promotion de la PME entrepris par l’État, depuis le début des années 90, n’ont pas abouti à un décollage significatif de ces entreprises en Algérie.

Une des hypothèses formulées pour expliquer cette léthargie de la PME algérienne postule qu’au-delà des contraintes propres à cette catégorie d’entreprises(2), celles-ci n’ont pas bénéficié d’un environnement institutionnel adéquat susceptible de soutenir leur déploiement et leur modernisation. Cette perspective véhicule des risques majeurs pour les PME d’autant plus élevés qu’elles sont relativement démunies en ressources et en  connaissances techniques et scientifiques pour faire face à la concurrence que ne manquerait pas d’induire la signature de l’accord d’association avec l’UE et la prochaine adhésion de l’Algérie à l’OMC.

 

I. Point de situation sur le développement de La PME en Algérie.

Tenter de restituer la structure et la dynamique des PME, en Algérie, reste une entreprise pour le moins ardue au regard de la faiblesse manifeste du système d’information statistique relatif à la PME. Les quelques données disponibles permettent, néanmoins, de relever les caractéristiques essentielles de ces entreprises (3).

 

La population des PME a connu une expansion importante depuis 1995 (Cf. Tableau 1). Celle-ci a été perceptible durant la période 1995-2000 qui a vu le nombre des PME s’accroître de 22 % en relation avec le foisonnement des entreprises liées aux secteurs de l’agriculture, du bâtiments et des travaux publics (BTP) et du commerce. Ainsi, une première lecture des données disponibles permet de mettre en exergue l’émergence effective du capital privé dans la sphère économique nationale. En effet, la majorité des PME Algériennes ont été créées durant cette période (4). Cette évolution est le résultat des mesures d’incitation et d’encadrement, en faveur de la promotion de l’investissement, prises par les pouvoirs publics dans le cadre des réformes économiques libérales. Cependant, au-delà de l’expansion du tissu de la PME ainsi enregistrée, il reste que le rythme de création d’entreprises demeure faible comparativement à celui en vigueur dans les pays industrialisés (5).

Toutefois, une nette tendance à la régression du rythme de création des PME est observée depuis l’année 2000 (- 22 %). Ce mouvement a affecté les secteurs du commerce et de l’industrie. Cette tendance est néanmoins contrebalancée par la croissance du nombre de PME dans les secteurs de l’agriculture, du BTP et des services fournis aux entreprises. Cette évolution a été confortée par les effets d’entraînement exercés par les différents programmes d’aides publiques à l’instar du programme de développement agricole et rural (PNDAR) et du programme relatif à l’habitat qui ont fait l’objet d’interventions soutenues de la part de l’État (6).

Les interventions de l’État à travers les réformes économiques introduites depuis le début des années 90 ont eu une incidence sur le tissu des PME dont la structure a changé radicalement. Les structures de la PME intègrent des entreprises artisanales dont le nombre a évolué à la hausse depuis l’an 2000. Les dernières publications officielles du ministère de la PME-PMI et de l’artisanat évaluent cette population à 86732 entreprises pour 173 920 salariés soit prés de 21 % des emplois déclarés par l’ensemble des PME (7) estimés à prés de 840.000 emplois en 2004 (Cf. Tableau 2). Ces entreprises jouent un rôle important dans l’agroalimentaire.

 

Tableau 1. Évolution de la structure de la population des PME privées en Algérie (1995-2004)

Secteurs d’activités

1995

2000

2004

Accroissement 1995-2000

Accroissement 2000-2004

·         Agriculture

542

754

2748

39

264

·         Industrie (y compris hydrocarbures)

36285

43721

46991

20

7

·         Bâtiments et travaux publics

16010

18674

72869

17

290

·         Services 

183461

224385

102841

22

-54

Dont

 

 

 

 

 

Commerce

127234

157392

37954

24

-76

Transport et communication

15010

16216

20294

8

25

Hôtel, café et restaurant

14443

17292

14103

20

-18

Services fournis aux entreprises

2005

2416

10843

20

349

Services fournis aux ménages

24769

31069

16933

25

-45

Total

236.298

287.534

225.449

22

-22

 

 

 

Tableau 2. Structure de la PME en Algérie (2004)

 

Nombre de PME

Nombre d’emplois

 Nature des PME 

 Nombre

 % 

Nombre 

%

 PME privées (1)

 225 449 

72

 592 758 

71

 PME publiques (2)

 778 

0

 71 826 

9

 Artisans (3)

 86 732 

28

 173 920 

21

 Total 

 312 959 

100

838 504

100

Source 1 – CNAS. 2- MDPMI. 3 - CAM

 

L’examen de la structure de la population des PME, selon le nombre de salariés déclarés,  met en évidence, au-delà des incohérences des diverses sources d’information existantes, la prépondérance de la très petite entreprise (TPE) ou de la micro entreprises en Algérie. Les données issues du traitement du fichier national des établissements de l’ONS révèlent que 90 % des PME existantes  appartiennent à la catégorie des micros entreprises avec moins de 10 salariés (Cf. Tableau 3).

Evaluer le poids relatif de l’emploi généré par cette catégorie d’entreprises pose problème en raison de la prégnance du phénomène de la sous déclaration administrative et de l’existence d’activités immergées dans le secteur de l’informel (8). Selon le CNES, les TPE n’occupent toutefois que 35 % de l’emploi global déclaré par les PME (Données de 1999) (9). La publication du MDPMI affiche en 2004  un taux de 23 % d’emplois affectables aux entreprises artisanales (Moins de 10 salariés).

Globalement, les effectifs employés par les PME sont passées de 634375  (CNAS) à 766678 (CNAS, MDPMI) travailleurs entre 1999 et 2004 soit un taux de croissance de 21 %.

La prégnance de la TPE semble constituer une donnée immuable de la structure des PME en Algérie et témoigne de ce que la majorité de ces entreprises ne sont pas portées sur les stratégies de croissance. En effet, les données statistiques de l’ONS relevaient déjà, en 1992, que 84 % des entreprises employaient moins de 4 salariés (10).

Il est fort utile de s’interroger sur les facteurs qui ont été à l’origine de cet état de fait. L’inexistence d’un environnement institutionnel adéquat peut se révéler comme une hypothèse de travail qu’il importe de vérifier sur le terrain.

 

Tableau 3. Évolution de la structure des PME en Algérie (1995-2000)

Secteurs d’activités

1995

2000

Privé de 10 salariés et +

Privé –10 salariés

Privé de 10 salariés et +

Privé –10 salariés

Agriculture

77

23

81

19

Industrie (y compris hydrocarbures)

13

87

12

88

BTPH

22

78

23

77

Services:

8

92

9

91

Total                 

9

91

10

90

Source. Nos calculs à partir des données du fichier général des établissements – année 2000 – ONS

 

Au plan de la répartition spatiale, les zones côtières et les pôles urbains et industriels polarisent l’essentiel des  PME en Algérie. En effet, plus de 50 % des PME recensées en 2004 se localisent dans 10 wilayate (11) traduisant ainsi un déséquilibre dans le développement des régions et une occupation irrationnelle de l’espace sans omettre de souligner les problèmes d’environnement que ne manquerait pas de générer une telle concentration géographique.

 

L’examen de la répartition de la population des PME selon les secteurs d’activités permet de montrer que ces entreprises se déploient sur des activités aussi diversifiées que le BTP, le commerce et la distribution, l’hôtellerie et la restauration. Une lecture plus nuancée des données montre que les PME se concentrent essentiellement sur les activités de services, à l’instar du commerce et de la distribution (Cf. Tableau 4), témoignant d’un processus de tertiarisation avancé des PME algériennes. En effet, la distribution des PME, par secteur d’activité, classe pour la période 1995-2004, les services au premier rang ; leur part représente environ 67 % de l’ensemble des entreprises, suivies de loin par l’industrie avec 17 % et le BTPH avec 15 % des effectifs d’entreprises recensées.

Le processus de tertiarisation  semble persister depuis 1995 même si l’on peut relever l’implication de plus en plus importante des PME dans les secteurs de l’agriculture, de l’industrie et du BTP au détriment des services et, plus particulièrement, du commerce et de la distribution dont la proportion a enregistré une déclin relatif et absolu en 2004.

Ces tendances sont corroborées par les intentions d’investissements enregistrées aussi bien par l’ANDI que les dispositifs orientées vers la création des micros entreprises (ANSEJ, CNAC).

Dans le domaine de l’industrie, les PME sont déploient essentiellement sur les industries de l’agroalimentaire, du bois et du papier qui représentent plus de 55 % des PME recensées en 2004.

 

Au plan économique, le processus de libéralisation fait que les entreprises privées ont  surclassé le secteur public dans le processus de création des richesses. En effet, le  Ministère des Finances estime que la valeur ajoutée totale du secteur privé (Hors hydrocarbures) représente près de 60% de la richesse nationale (12), alors que cette proportion n’était que de 40 % en 1990 (13).

 

La lecture des données relatives à la structure de la valeur ajoutée (Hors hydrocarbures) permet de noter que la contribution des PME privées à la création de la valeur ajoutée (VA), au cours de la période 1985-2001, a augmenté de manière significative passant de 47 % en 1985 à 77 % en 2001. Les entreprises privées, de 10 salariés et plus, n’ont créé néanmoins que 3.3% de la VA en 1985  contre 1.8% en 2001 bien que leur nombre ait augmenté de 33%. Ainsi la quasi totalité de la VA privée provient des entreprises de moins de 10 salariés, soit 75% de la VA en 2001 contre 44 % en 1985 (Cf. Tableau 5).

 

De telles proportions semblent suggérer une contribution plus importante des entreprises individuelles et familiales (moins de 10 salariés) à la création des richesses. Dans les faits, elles traduisent l’incapacité de l’appareil statistiques officiel à appréhender la démographie ainsi que les principaux agrégats (Chiffre d’affaires, production, salariat, valeur ajoutée) de la PME du fait, en particulier, de l’existence d’une sphère relativement importante de l’informel(14)et de la faiblesse des études et des enquêtes spécifiques à cette catégorie d’entreprises.

 

 

Tableau 4. Évolution de la structure de la population des PME

 selon les secteurs d’activité

Secteurs d’activités

Nombre d’entreprises

Structure %

1995

2000

2004

1995

2000

2004

Agriculture

542

754

2748

0,23

0,26

1,22

Industrie (y compris hydrocarbures)

36285

43721

46991

15,36

15,21

20,84

BTPH

16010

18674

72869

6,78

6,49

32,32

Services :

183461

224385

102841

77,64

78,04

45,62

Dont

 

 

 

 

 

 

Commerce

127234

157392

37954

53,84

54,74

16,83

Transport et communication

15010

16216

20294

6,35

5,64

9,00

Hôtel, café et restaurant

14443

17292

14103

6,11

6,01

6,26

Services fournis aux entreprises

2005

2416

10843

0,85

0,84

4,81

Services fournis aux ménages

24769

31069

16933

10,48

10,81

7,51

Total

236298

287534

225449

100,00

100,00

100,00

 

Tableau 5. Évolution de la structure de la valeur

ajoutée dans  le système productif (Hors hydrocarbures).

Catégorie d’entreprises     

1985

1992

1997

2001

Entreprises publiques

52,7

37,0

27,0

22,8

Entreprises privées de 10 salariés et plus

3,3

2,0

2,0

1,8

Entreprises privées de – de 10 salariés

44,0

61,0

71,0

75,4

Total national

100

100

100

100

Source : « Évaluation et analyse de la place de l’économie informelle en Algérie »- M.H. Zidouni –ONS

 

En définitive, s’il fallait dresser quelques traits caractéristiques du tissus des PME en formation depuis le début des années 90, nous dirons que :

- L’essor de la PME en Algérie est relativement récent en ce sens que la majorité des entreprises ont été créées au cours de la période 1995-2000. Cette tendance a été confortée par la mise en œuvre du processus de libéralisation économique et les incitations publiques favorables à la promotion des investissements privés.

- le rythme de création d’entreprises demeure faible comparativement à celui en vigueur dans les pays industrialisés.

- La très petite entreprise (TPE) ou la micro entreprises d’envergure familiale domine la structure globale des PME en Algérie. La majorité de ces entreprises relèvent du secteur de l’activité informelle qui échappe à l’emprise de l’État.

- La localisation géographique des PME est déséquilibrée compte tenu de la concentration des entreprises dans une dizaine de wilayate nordiques.

- Les PME existantes se concentrent sur les activités de services, le BTP et secondairement les industries manufacturières (Agroalimentaires, bois et papier). Les activités à haute valeur technologique ne sont que faiblement (Études et conseils, développement informatique) voire rarement (Biotechnologie, traitement de l’information et bases de données, web développement, biotechnologies) investies  par les PME.

- La contribution des PME privées à la création de la valeur ajoutée a progressé de manière notable depuis le début des années 90 mais leurs activités se caractérisent, dans certains secteurs, par la prégnance des activités informelles.

 

 

II.  Les PME face à l’inadéquation de la matrice institutionnelle.

Longtemps frappé d’ostracisme, à l’instar de toutes les initiatives économiques privées, la PME n’a pas connu un développement notable au cours de la période 1962-1982. Cantonnées dans un espace de marginalité économique, les entreprises privées tolérées évoluaient à la lisière des politiques de développement centrées sur les entreprises à capitaux publics.

En fait, ce n’est qu’au début des années 90, à la suite de l’enclenchement du processus des réformes économiques libérales, que le principe de la liberté d’investir est consacré par la loi. La  promulgation de la loi relative à la monnaie et au crédit de 1990 et la levée progressive du monopole de l’Etat sur le commerce extérieur (15) ont permis de réunir les conditions objectives propices au développement de l’investissement et de la PME privée en Algérie.

Ce processus a été consolidé avec l’adoption du code des investissements consacré par le décret législatif N°93-12  du 5 octobre 1993 relatif à la promotion de l’investissement. Ce dernier instituait l’Agence nationale pour la promotion de l’investissement (APSI), agence publique chargée de l’assistance et de l’encadrement  des investisseurs. Concomitamment à la création de l’APSI, des Comités d’Assistance, de Localisation et de Promotion des Investissements  (CALPI) ont été  mis en place à l’échelon local en vue  d’assister les investisseurs dans le domaine sensible du foncier industriel.

 

Dans les faits, le dispositif ainsi créé n’a pas contribué à la relance de l’investissement privé.  Le constat de carence ainsi établi a débouché sur la révision du dispositif institutionnel qui s’est matérialisée à travers la promulgation, en 2001, de deux textes législatifs fondamentaux : l'ordonnance relative au développement de l’investissement (Ordonnance N° 01-03 du 20/08/2001) et la loi d'orientation sur la promotion de la PME (Loi N° 01-18 du 12 décembre 2001).

 

L'ordonnance portant développement de l’investissement se fixait pour objectif principal l’aménagement de conditions favorables à l’investissement privé à travers :

- La reconstitution de la chaîne de l'investissement et l’amélioration de l’environnement administratif et  juridique des entreprises.

- La création du Conseil National de l’investissement (CNI), placé sous l'autorité du Chef du gouvernement, chargé de proposer la stratégie et les priorités pour le développement de l’investissement.

-  La création d'un fonds d'appui à l'investissement et à la modernisation des entreprises pour la prise en charge de la contribution de l’Etat dans le coût des avantages octroyés aux entreprises et de la couverture partielle ou intégrale des travaux d’infrastructures de ces dernières.

La gestion de ce fonds, ainsi que l’encadrement administratif des investisseurs, est confiée à l’agence nationale pour le développement des investissements (ANDI) créée en remplacement de l’APSI(16). Le dispositif de promotion des investissements ainsi érigé est complété par un mécanisme orienté vers les jeunes pour la création de micro entreprises, domicilié auprès de l’Agence Nationale de Soutien à l’Emploi des Jeunes (ANSEJ).

 

La loi d'orientation sur la promotion de la petite et moyenne entreprise, définissant et fixant les mesures de facilitation administrative en faveur des PME, prévoyait la création d'un Fonds de Garantie des prêts bancaires accordés aux PME (FGAR). Les dispositions de cette loi intégraient aussi des mécanismes d’aide et de soutien publics aux PME et des systèmes de production et de gestion de l’information économique impliquant en particulier la  création du Centre d'Etudes et de Recherches de la PME. Le développement de la sous-traitance, en tant qu'instrument d’extension du tissu des PME, a été également pris en charge par la présente loi.

 

Par ailleurs, du fait des contraintes posées par le financement des investissements dans la PME, une caisse de garantie des crédits d’investissements (CGCI) (17) a été instituée en 2004. Un projet de spécialisation d’un établissement bancaire public dans le financement des PME est, en outre, présentement à l’étude en vue de lever la contrainte du financement des investissements qui a fortement entravé l’essor de la PME en Algérie (18).

 

Au plan du soutien financier des PME, des fonds spécifiques ont été institués en vue d’assurer l’encadrement des entreprises dans le processus de modernisation de leurs actifs et de leur mode de gestion rendus nécessaires par perspectives éminentes d’adhésion de l’Algérie à l’OMC et la signature de l’accord d’association avec l’Union Européenne. En effet, l’ouverture des marchés et le démantèlement des barrières tarifaires impliquent la nécessité d’améliorer la compétitivité des PME par une « mise à niveau » orientée aussi bien vers les fonctions de l’entreprise (Produits, marchés, finances, emploi, système d’information, système de qualité) que son environnement institutionnel (Administrations centrales et services déconcentrés, agences publiques, chambres).

A cet effet, plusieurs fonds ont été crées. Outre le fonds d'appui à l'investissement destiné à prendre en charge la contribution de l’Etat dans le coût des avantages octroyés aux PME, un fonds de promotion de compétitivité industrielle (FPCI) a été institué auprès du ministère de l’industrie et de la restructuration (MIR). Le FPCI est dédié à la mise à niveau des entreprises employant plus de 20 salariés, justifiant d’une existence légale d’au moins trois années et disposant d’un potentiel de performance attesté par les résultats financiers et d'un marché porteur (19).

Les PME sont aussi indirectement ciblées par le biais d’autres fonds sectoriels (20) qui intègrent les impératifs de mise à niveau des entreprises dans les domaines du développement agricole et rural, de l’environnement, de l’énergie, de l’emploi, de la formation professionnelle, de la recherche et du développement technologique.

 

Les soutiens financiers sont, aussi, accordés à la micro entreprise dont le développement est recherché par les pouvoirs publics. En effet, l’Etat accorde depuis 1997 un intérêt particulier à la promotion des très petites entreprises à travers  la mise en œuvre des programmes de micro entreprises et du micro crédit. Un fonds de garanti des risques liées au micro crédits (FGRMC), géré par la caisse nationale du chômage (CNAC), a été ainsi créé en 1999 (21) en vue de soutenir les populations pauvres et non bancarisées dans le processus de la création de micro entreprises (petits métiers, artisanat, projets de développement rural). Le volume des ressources consenties par l’Etat (bonification des taux d’intérêt, réduction des taxes douanières, fiscales et parafiscales) pour le soutien des projets a été estimé à prés de 27 milliards de DA pour la période 1997-2003 (22).

 

 En définitive, le dispositif institutionnel a évolué de manière significative, depuis le début des années 90, témoignant d’une volonté politique affirmée d’assurer la promotion et le développement de   la PME en Algérie. L’aboutissement de cette option a été la création récente d’un Programme National pour la Promotion de la PME doté d’un budget de 4 milliard de DA pour la période 2005-2009 (23) inscrit au titre du programme complémentaire de soutien a la croissance (2005-2009).

 

Conclusion

La question qui s’impose à cet effet et celle de la capacité du dispositif institutionnel ainsi mis en place à réunir les conditions favorables à l’essor de la PME Algérie. Question d’autant plus cruciale que l’ouverture économique sur les marchés extérieurs ne va pas sans induire des risques majeurs pour ces entreprises très peu préparées à soutenir la concurrence des entreprises étrangères.

 

L’esquisse des traits caractéristiques de la PME en Algérie (Cf. Supra) témoigne de ce que ces entreprises présentent des structures financières et organisationnelles fragiles. La PME dispose certes de l’avantage d’avoir des structures de coût de travail favorables, mais elles sont confrontées à des  carences importantes dans le domaine des technologies, de la qualité des produits, de la formation des ressources humaines, du management et des coûts de transaction qui obèrent leur compétitivité des entreprises. Ceci est d’autant plus vrai que certains segments occupés par ces PME, à l’instar des industries agroalimentaires, sont saturés générant des surcoûts indirects liés à la sous utilisation des capacités de production.

Dans tous les cas, les perspectives de démantèlement tarifaire et d’ouverture économique risquent d’être fatales pour la majorité de ses entreprises qui, relativement peu dotées en ressources et en connaissances techniques, ne peuvent soutenir la concurrence des PME étrangères et des groupes industriels internationaux organisés.

Mais au-delà des carences propres aux entreprises c’est dans la faible efficience de la matrice institutionnelle qu’il y a lieu de rechercher le principal écueil à l’essor du tissu de la PME en Algérie. Affirmation pour le moins évidente, valable au demeurant pour l’ensemble des activités économiques, dont la pertinence est d’autant plus recevable que l’environnement institutionnel actuels reste marqué par les pratiques héritées de l’économie administrée  qui entravent fortement le développement de la PME.