Observatoire de l'élevage

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FILIERE LAIT ET VIANDES ROUGES  


2 Filières et marché des viandes rouges en Algérie (Synthèse du Gredaal).

 

Évoquer la filière viandes rouges en Algérie revient à exprimer un vœu tant la réalité semble limitée aux structures extensives des élevages et au caractère spéculatif des marchés.

Les « filières viandes rouges » en Algérie reposent globalement sur des élevages bovins et ovins ainsi que, marginalement, des élevages camelins et caprins dont les niveaux de production restent fort modestes (Cf. Tableaux 1 et 2). Ces élevages, largement extensifs, sont articulés à un marché interne fort rémunérateur du fait du maintien de la demande à un niveau relativement élevé et de la faible élasticité de l’offre interne. Des aides publiques ont, certes, été octroyées depuis l’année 2000 dans le cadre du programme national de développement agricole (PNDA), mais la production des viandes rouges n’a pas progressé de manière significative.

 

Avec 18 millions de têtes, essentiellement des populations locales (Ouled Djellal, Rembi, Hamra, D’man, barbarine, berbère du Tell, Sidaou), le complexe « Ovins-Céréales - pâturage » domine ces filières. Ce complexe fonctionne sur un marché libre isolé du marché mondial, ce qui a permis aux prix intérieurs d’atteindre des niveaux excessivement élevés et autorisé la constitution de rentes à tous les niveaux des marchés.

 

En termes économiques, ces élevages occupent une place prépondérante dans les comptes économiques agricoles. La valeur du patrimoine animal représente quelques 438 milliards de DA, alors que la valeur de la production est estimée à 161 milliards de DA.

 

Mais au delà de l’importance de ces élevages, ces derniers restent toutefois marqués par :

- le caractère extensif des systèmes de production, fortement dépendants des aléas climatiques, ainsi que la faiblesse de la productivité des élevages.

- un développement limité par la modicité des ressources fourragères et, dans le cas extrême de l’élevage ovin, une production de viande se faisant au prix d’une dégradation des écosystèmes steppiques (externalités négatives à la charge de la collectivité et de l’Etat).

 

Tableau 1. Structure du cheptel des ruminants en Algérie en 2002.

Espèces

Effectifs (2002)

Effectifs femelles

Bovins

1.537.846

891.896

Ovins

17.535.500

9.764.650

Caprins

3.310.080

1.929.104

Equins

255.119

42.341

Camelins

249.321

145.969

 

 

Tableau 2. Évolution de la production et des disponibilités en viandes rouges

Agrégats

1990

2002

 

 

Production

Importation

Total

Production

X 1000 T

Disponibilités

Kg/h/an

Production

X 1000 T

Disponibilités

Kg/h/an

242.500

14.546

257.046

9.7

0.6

10.3

150.663

Nd

150.663

9.0

0.79

9.79

Taux de Couverture (%)

94,4

92

 

S’agissant du marché des viandes rouges, un certain nombre de faits peuvent être mis en exergue.

Les viandes rouges et plus précisément la viande ovine algérienne est l’une des plus chère au monde. Le niveau excessivement élevé des prix est la résultante des synergies qui s’établissent entre quatre facteurs :

- Un marché interne libre et structuré par le capital commercial privé.

- Une forte demande générée par les catégories sociales à revenu élevé.

- Une faible élasticité de la production locale .

- Un niveau de protection trop élevé voire dissuasif, accentué par les politiques de restriction draconiennes à l’importation des viandes liées aux mesures de protection sanitaire.

 

En effet, le niveau élevé des coefficients de protection nominaux et effectifs (CPN et CPE) permet de relever que les élevages ovins et bovins d’engraissement sont fortement protégés et isolés du marché mondial sur lesquels les prix sont bas.

Les structures de prix sont dominées par les marges prélevées par les réseaux privés de commercialisation. En effet, le niveau des prix à la consommation des viandes ovines sont fortement déterminés par l’importance des marges commerciales, le coût de production oscillant entre 240 et 300 DA / Kg Carcasse .

La situation de l’élevage des ruminants à viande nous conduit à affirmer que nous sommes en présence de véritables situations de rente  qu’il faudrait internaliser au sein des exploitations agricoles. Ceci est particulièrement vrai pour les viandes ovines.

 

La consommation des viandes rouges demeure très faible et a significativement baissé durant la période de mise en œuvre du programme d’ajustement structurel. En effet, selon une enquête réalisée par le CENEAP en 1998 (1), sur un échantillon de 2000 ménages, il ressort que les fréquences mensuelles de consommation des viandes rouges ont décliné de 40 % durant la période 1993-1997.Cette baisse est essentiellement liée à la dégradation du pouvoir d’achat des consommateurs et plus particulièrement des titulaires des revenus fixes (les salariés).

Le niveau de consommation des viandes rouges se situerait actuellement à 1O kg, niveau relativement faible comparativement aux pays industrialisés. En termes d’habitudes alimentaires, le marché Algérien est de prime abord un marché de consommation de viandes fraîches ovines et bovines ; les viandes camelines et caprines étant marginalement consommées notamment dans les régions du sud du pays.

Enfin, nous relèverons, depuis l’année 2002, l’apparition d’une tendance à la consommation des viandes rouges congelées consécutivement à la réouverture du marché algérien aux viandes importées. Les chiffres de l’année 2004 sont à cet effet fort éloquents puisque, selon les statistiques officielles, il a été enregistré durant les neuf premiers mois de cette année, l’importation de  prés de 100 millions de dollars en viandes rouges congelées.

Bien évidement, le rétablissement du flux des importations de viande est loin de pouvoir rééquilibrer les prix internes et ce tant les besoins restent importants et les circuits de commercialisation du bétail peu efficients .

 


(1) CENEAP – Le programme d’ajustement structurel et ses effets sur l’économie nationale. Enquête « «Ménages ». CENEAP, 1998.