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FILIERE LAIT ET VIANDES ROUGES  

 

YAHIAOUI S. - Logiques productives et pratiques de l'élevage bovin extensif : Cas du Dahra Ouest.

Contribution à l'évaluation du projet PNUD ALG 90 / 011

Appui au développement de l'élevage bovin de race locale dans la Wilaya de Chlef

Résumé.

La grande partie des volumes laitiers mobilisables qui ne sont ni intégrés ni pris en considérations par les programmes de développement sont ceux des élevages extensifs. Cela a favorisé la dévalorisation de la fonction de production  laitière  d’un grand nombre de bovins local et croisé.

Comment peut-on inverser cet état de fait?. Les actions initiées par le projet directement au niveau des éleveurs ont permis d’enclencher cette dynamique, puisque les tendances à la logique de produire du lait valorisant existent. Il importe dès à présent de réfléchir sur une politique  judicieuse d’amélioration génétique et d’organisation des élevages.

 

Summary

The great part of mobilizable dairy volumes which neither are integrated nor taken into accounts by the programs of development are those of the extensive breedings. That supported the devalorization of the function of dairy production d’un great number of bovines local and crossed. How can one reverse this established fact? The actions initiated by the project directly on the level of the stockbreeders allowed to engage this dynamics, since the tendencies to logic to produce developing milk exist. It is important as of now reflecting on a judicious policy genetic improvement and organization of the breedings.

INTRODUCTION

   Dans des conditions d’élevage très extensives, cas de l’Algérie comme de beaucoup d’autres pays méditerranéens, les éleveurs accordent un intérêt réel à la recherche de meilleures combinaisons qu’entretiendraient des animaux d’élevages généralement de faible valeur génétique avec des ressources fourragères spontanées et cycliques pour en tirer le meilleur profit.

Tels sont raisonnablement  les comportements des éleveurs qui se répètent continuellement. « D’une façon générale, le savoir faire que les agriculteurs mobilisent pour leur activité de production reposent largement sur des connaissances issues de la pratique » (E.Landais et G.Balent 1995). C’est ainsi que nous essayerons de tirer quelques enseignements de base à travers les actions mises en œuvres dans le  programme pilote de développement du projet PNUD ALG/90/011 portant appui au développement de l’élevage bovins de race locale.

La zone retenue « DAHRA OUEST » est représentative de régions  piémontaises et montagneuses de l’Ouest Algérien, où les conditions climatiques varient de l’étage, semi-aride à celui de subhumide à pluviosité moyenne d’environ 500mm/an, les pentes sont supérieures à 6% dans les piémonts et à 12% dans les secteurs montagneux.

A travers ce projet basé sur l’adjonction de facteurs de production (semences fourragères et taureaux reproducteurs), l’objectif consistant en l’amélioration des ressources fourragères, l’état corporel et structurel des troupeaux, alors que l’essentiel étant celui des revenus des éleveurs à travers l’amélioration de la productivité.

Selon la formule de  J.P. DEFFONTAINES  « on connaît les projets par les pratiques, on comprend  les pratiques par les projets » et si l’on admet l’idée fréquemment répandue que les fourrages constituent une contrainte, l’on est tenté de croire que dans les formes de conduite extensive l’élevage, profitant de l’adjonction d’intrants, développerait des formes d’associations diverses. C’est pourquoi ces apports en nature, au sein du projet, étaient nécessaires pour susciter des comportements et des réflexes divers chez les éleveurs. La compréhension de ces attitudes à travers les pratiques d’élevage qu’ils engendraient était devenue indispensable pour mieux comprendre leurs motivations et bien mieux saisir, en paraphrasant E. Landais et J.Lasseur, « la manière dont ils construisent en pensée les objets qui constituent les systèmes qu’ils ont à gérer ». Rien ne sera acceptablement entrepris, de leur part, s’ils ne ressentent pas le besoin, ressentent-ils celui de contribuer fondamentalement à préconiser un développement propre de la production laitière en rapport avec l’environnement et parallèlement à celui de la production de viande qui semble être le plus approprié, sinon le plus indiqué pour ces régions pauvres et marginalisées.

 

MÉTHODOLOGIE.

Intrants

Durant l’année 1993, les éleveurs de la zone du Dahra Ouest répartis sur  six (06) communes ont bénéficié conformément aux données du tableau 1:

- Des services de taureaux reproducteurs de types améliorés (Pie noire Holstein et pie rouge montbéliarde), par le biais de la constitution d’association de gestion de taureaux (AGT)

- De la mise en place d’essais de démonstration fourragère, par l’introduction d’une série de variétés de semences fourragères et surtout d’Ecotypes adaptables (Medicago) .

 

Tableau 1.  Interventions opérées dans la région du Dahra Ouest dans le cadre du projet.

Codes

COMMUNES

A.G.T

NOMBRE

D’ESSAIS FOURRAGERS

 NATURE

OBSERVATIONS

a

THALLASSA  

4

4

O, *  , L, L

 

b

MOUSSADEK

3

4

*    L, L, L,

Enquête non     réalisée

c

BENAIRA

1

0

 

 

d

ABOU EL-HASSEN

1

5

*,*,  L, L,V

 

e

ZEBOUDJA

0

0

 

    TEMOIN

f

TADJENA

3

1

L

 

g

MEDJADJA

0

0

 

    TEMOIN

h

BENI RACHED

0

0

 

    TEMOIN

i

OULED FARES

0

0

 

    TEMOIN

j

BOUZGHAIA

4

1

O

   

LEGENDE : O : Betterave, *:  Vesces, L:  Légumineuse auto régénérante, V: Avoine

N.B. : Les semences fourragères dans l’ensemble présentaient un choix variétal pour chaque espèce. Les légumineuses autorégénérantes concernaient  des associations d’un ensemble de trèfle souterrain tel que (CLARE, NUBA), pour les Medicago le choix portait sur (CYPRUS,PARABINGA,SANTIAGO,BURR,JAMELONG, SEPHI,PARRAGIO), tandis que les orges étaient en option variable.

 

Enquêtes

 Des enquêtes ont été réalisées en 1997 sur un ensemble de 09 communes (Cf. Carte ci dessous) regroupant un échantillon de 38 éleveurs, entretenant un équivalent de 114,9 UGB (Unité gros bétail) pour le cheptel bovin et développant l’équivalent de 600 ha pour les surfaces fourragères. L’enquête consistait en la collecte d’indications sur les bâtiments (élevages et stockage), les ressources hydriques et le matériel agricole (pour  se renseigner sur les efforts d’investissements)  qui pouvaient influer sur l’un ou l’autre des deux types d’intrants introduits par le projet auprès des éleveurs.

 

 Analyses statistiques utilisées

·   Méthode du X²,test d’indépendance pour l’aspect des caractères qualitatifs et la comparaison des répartitions observées.

·  Coefficient de corrélation pour  l’aspect des caractère quantitatifs et pour la liaison des grandeurs étudiées.  

RESULTATS ET DISCUSSIONS.

Il en ressort des résultats et de l’analyse comparative une répartition des communes en trois groupes (cf. schéma de projection: Cliquez ici) où se croisent les pratiques d’agrégation tendancieusement raisonnées vers la production laitière et les pratiques de valorisation axées sur les ventes de fourrages. Ce schéma singularise chacune des communes et met aussi en évidence les nombreux et différents comportements des éleveurs face à la dynamique d’évolution consécutivement à l’introduction des semences fourragères standardisées et de l’utilisation de reproducteurs de races améliorées. 

Le premier constat que l’on relève, c’est que la diversité, qui caractérise les systèmes extensifs, continue de façonner l’élevage dans l’ensemble de ces groupes de communes.

1er groupe, comprenant les communes a, g, i et f  où les ressources fourragères (S) évoluent négativement et sans effets sur la structuration des troupeaux (T) de 31,58% d’éleveurs.

2eme groupe, comprenant deux communes j et d, où les surfaces fourragères (S)et les troupeaux (T) évoluent positivement chez 18,42% d’éleveurs.

3 eme groupe, comprenant les communes c, e et h, où les efforts positifs sur les surfaces fourragères (S) profitent à l'involution structurante des troupeaux (T), localisés chez 50% des éleveurs de la zone.

 

Ces évolutions controversées ne sont-elles pas un signe d’objection pratique à la maximisation des performances, le cas de la commune "d" où l’hétérogénéité maximale avec cinq (5) essais fourragers et une (1) AGT  mis en place, est un exemple éloquent qui présente un chargement animal de 0,16 contre 1,12 pour la commune ‘’i’’ qui elle contrairement aux autres communes, présente une homogénéité dans la structure des troupeaux.                                          

Globalement les logiques d’engraissement (Cf. Tableau 1) dominent l’activité d’élevage et concernent presque les trois quarts (¾) des éleveurs (74 %). Elles sont le fait d’une embouche locale, qui s’étend de la fin d’été jusqu’au début du printemps, celle-ci est encouragée par la demande du marché local et de la proximité de grands centres de consommation. 

La fonction de reproduction -renouvellement et les réflexes de naisseurs -engraisseurs sont importants , soit 68 % d’éleveurs s’y prêtent à ces pratiques. 

La préoccupation de produire du lait est subtilement manifeste chez les éleveurs, d’une manière déterminée elle concerne 29 % d’éleveurs et indirectement 26 % d’autres éleveurs y contribuent à cet effort. 

Le développement des réflexes de produire des fourrages, destinés à la vente, est observé sur 55 % d’éleveurs. 

Les éleveurs - producteurs de viandes sont en général incités à l’extensification en ayant recours à la pâture ou aux surfaces en herbe. Ainsi l’on ne peut s’empêcher de poser la question suivante; en paraphrasant J.L. Le MOIGNE (1977) cité par LANDAIS et BALENT (1995) « Le système (il faut comprendre par là le projet) fait-il effectivement ce qu’il veut faire, quitte à ne pas le faire efficacement ? » puisque les variables liées à l’eau et au bâtiment (Cf. Tableau 2) après analyse, se présentent comme des éléments très régressifs et (re) suscitent des pratiques, chez certains éleveurs, centrées sur les régulations internes. C’est le cas des éleveurs des communes c, d, et e, où les pressions sur les surfaces fourragères sont faibles (Cf. Schéma: Cliquez ici) avec un chargement animal moyen inférieur à 0,30. Le chargement animal  (Cf. Tableau 3) indiquant la comparaison entre communes est significatif pour les communes a,  f et j , qui présentent des charges animales moyen de 0,49 (variance = 0,47 et écart-type = 0,68). Cette charge animale est plus élevé (1,12 pour la commune ‘’i’’) chez les éleveurs qui s’orientent sur la production laitière  en entretenant du BLM (bovin laitier moderne à base de races standardisées) ou des bovins locaux ayant subis des croisements génétiques accentués. Dans ces cas de figures il y’a tendance à la consommation de plus d’intrants qui, souvent, sont indisponibles et proportionnellement inadéquats avec les difficultés d’intégrer la collecte de lait crû très insignifiante ou absente, ce qui n’a guère favorisé le développement des circuits commerciaux liés à l’industrie laitière. Dans le cas de ces systèmes d’élevages utilisant les races améliorées en zones marginales, il était judicieux d’imaginer des scénarios  consistant à combiner la priorité de produire essentiellement de la viande, parallèlement à celle de valoriser utilement la production de lait subsidiaire. Cet intérêt très manifeste est encouragé par l’utilisation d’une main-d’œuvre quasiment familiale qui favorise une sous rémunération du capital travail qui ne peut que constituer un atout pour ces systèmes d’élevages extensifs fort nombreux et fréquemment constitués de troupeaux de faible taille. Dès lors leurs vœux étant qu’un programme d’amélioration génétique consistant en des croisements pour promouvoir les options « viandes » recherché par les éleveurs soit envisagé. Là est l’option de presque l’ensemble des éleveurs du projet qui manifestaient un empressement à la demande de races mixtes et surtout la race pie rouge.

 

Tableau 2. Les logiques productives identifiées dans la région du Dahra ouest.

Communes

Logiques productives

a

c

d

e

f

g

h

i

j

Observations

Engraissement

+

+

+

+

+

(D)

 

 

+

 

Production laitière fermière

« Circuit artisanal »

 

(D)

(D)

(D)

+

 

 

 

+

Peuvent évoluer rapidement vers les circuits de commercialisation

Production laitière confluentes

« Circuit commercial »

(D)

 

 

 

+

 

+

 

 

Accroissement cheptel

Naisseur –Engraisseur -Renouvellement

R

NE (D)

R+NE

+ R

 

R

R

(D)

 

 

Fourrages excédentaires

destinés à la vente

 

+

+

+

 

 

(D)

 

 

 

Légende: + Activité principale ;  Tendance de l’activité (Développement= D) ; R : Renouvellement ; NE : Naisseur engraisseur.

 

Tableau 3. Éléments régressifs et déterminants au sein de la région

Communes

Logiques productives

a

c

d

e

f

g

h

i

j

Observations

Surfaces fourragères

-

 

 

 

-

-

 

-

 

 

Troupeaux

 

-

 

-

 

 

-

 

 

 

Ressources hydriques

-

 

 

-

 

-

 

 

-

Influent sur l’évolution des fourrages

Bâtiments

 

-

-

 

-

 

-