|
LES
TERRITOIRES ET LES ESPACES PATURES EN ALGERIE
LES
FORMATIONS HERBAGERES ET LEURS FACIES
S.
YAHIAOUI
Les
vastes étendues naturelles composant les territoires et les espaces pâturés
d’Algérie sont caractérisés par leur soumission aux conditions du milieu, entre autres climatiques et de relief. Ils sont exploités collectivement, par
une sorte de deal communautaire, et d’une façon très extensive. Ainsi dans
les zones pluvieuses et lacustres du nord, ce sont les prairies
naturelles permanentes
prédisposées à contenter la pâture des bovins. Par contre plus au sud, dans
les zones telliennes, celles des haut plateaux et des hautes plaines steppiques,
que l’on nomme « le
pays du mouton »,
on y trouve respectivement des
prairies naturelles annuelles
composées de jachères et de chaumes puis essentiellement les plus importantes
terres de pâturages et de
parcours
steppiques et sahariens qu’utilisent les ovins et les caprins et qui composent
la plus grande partie des espaces pâturables.
On
ne peut ne pas citer les parcours matorrals et pacages forestiers qui sont
sources de revenus à de nombreux riverains des zones enclavées pratiquant l’élevage
de montagne et bien d’autres activités agro-sylvo-pastorales liées à ces
zones spécifiques.
De
cet état de fait résulte tout une
diversité biologique tant animale que végétale.
Les études phytosociologiques propres à ces zones écologiques laissent
apparaître une grande variabilité de taxons, d’où tout l’intérêt
d’une meilleure gestion de ces territoires dans le cadre d’une politique de
développement durable. Cette dernière viendrait à contenir les dérives
observées en matière de perte de la biodiversité qu’accentue une pression
anthropique très forte. Les options de conduite technique restent à définir
en rapport avec les particularités propres à chaque zone écologique et ses
divers écosystèmes, ils doivent être cadrées dans un compromis visant les
profonds changements socio-économique et environnementaux.
La
loi portant accession à la propriété foncière agricole (APFA) et les divers
textes juridiques ayant trait à l’exploitation de la steppe ont considérablement
modifié les équilibres qui prévalaient par le passé pour l’assurance
d’une régénération du couvert végétal soumis alors qu’aux aléas de la
nature. Une vision nouvelle doit prévaloir pour restituer à ces vastes espaces
leur vocation originelles.
|
|
Les prairies naturelles
permanentes
Ces
espaces prairials qui autrefois étaient importants sont aujourd’hui soumis à
la négligence et leur existence devient de plus en plus problématique, elles
tendent vers une effarante régression.
Ces lieux enherbés naturellement et très
anciennement exploités comme pacages par l’homme sans intervention de sa part
pour leur entretien, sont aussi soumis à la pratique de la fauche depuis près
d’un siècle et utilisés plus ou moins rationnellement pour la production de
foin dit « foin de prairie ».
On retrouve ces espaces dispersés dans le Nord du pays. Nous pouvons affirmer que plus
des 9/10 de ces prairies ont été défrichées et livrées à la culture. Les exigences d’une
urbanisation accrue, dans certaines plaines, ont aussi contribué à leur régression.
Géographiquement,
les prairies naturelles se localisent dans :
- Les
basses plaines côtières et maritimes, souvent marécageuses ou inondées en
hiver. Nous pouvons citer à ce titre les plaines de l’Habra, de la Macta, de la Mitidja, de
Annaba et de Tarf ; dans les vallées de la Soummam, de l’oued Kebir et
du Saf-saf.
-
Les
zones montagneuses du Tell, particulièrement dans les hautes vallées des oueds
de la Tafna, Mina, Chélif, Nahr-ouassel, Bou-Lallem, Rhummel et du Khroub.
-
Les
hauts plateaux, sur les monts des Ksours, du Djebel Amour, et des monts des
Ouled Naïl. Dans ces zones les prairies sont néanmoins plus rares.
-
Les
zones du Constantinois sont de loin les plus prédisposées, particulièrement
Khroub , Sétif et Bordj Bou Arreridj.
Composition
botanique
La
composition botanique du couvert végétal et floristique de ces espaces est très
variable et fortement influencée par la pluviométrie annuelle. Ce sont les
graminées, entre autres Phalaris
coerulescens, Phalaris tuberosa et
Hordeum bulbosum
de haute taille et Festuca
arundinacea
et des légumineuses parmi lesquelles
nous pouvons citer Trifolum
sp., Vicia sativa, Lotus corniculatus, Medicago lappacea, Medicago
ciliaris,
Ces prairies naturelles
permanentes intègrent, par ailleurs, d’autres espèces de graminées à
l'instar de Dactylis
glomerata, Lolium perenne, L.multiflorum, Agropyrum repens, Cynodon dactylon
et Bromys mollis. D’autres
variétés d’espèces telles que Juncus
maritimus, Carex divisa, Renunculus macrophyllus, Carthamus coerlens
peuvent se rencontrer dans les peuplements de ces prairies à qui elles donnent
une particularité qui se répercute sur l’appréciation commerciale des foins
produits.
|
|
Les
prairies naturelles annuelles.
Cette
catégorie de prairies comprends les jachères (travaillées et fauchées puis
celles non travaillées). Ces terres en repos s’établissent sur des parcelles
agricoles que l’on cesse de cultiver pendant une période. Généralement
pâturées, elles servent aussi comme des zones de complémentarité et
fournissent quand elles sont fauchées des foins que l’on appelle : foin
de chaume, foin des champs, foin laitier et les
foins naturels. Ces divers foins sont composés de plantes annuelles soit
à dominante de légumineuses ou à base de graminées.
La
pratique de ces prairies naturelles annuelles est fréquente dans le cadre de l’association « céréaliculture
élevage »
et elles se trouvent donc concentrées dans les zones potentiellement
céréalières, à hiver doux et où une pluviométrie suffisante est
nécessaire pour provoquer le développement d’une végétation et flore
spontanée.
Composition
botanique
.
La
valeur énergétique et la diversité biologique de ces espaces est étroitement
conditionné par les conditions climatiques, plus particulièrement la
pluviométrie qui a une forte influence sur le pouvoir germinatif des
graines contenues dans le sol et laissées par les plantes cultivées ou la
flore sauvage et celles laissées par les déjections des animaux ayant
pâturés sur ces prairies. Les principales espèces rencontrées dans la
composition floristique des divers peuplements sont:
Les
graminées
: Phalaris
paradoxa, Phalaris brachystachys, Cynosurus cristatus, Vulpin
alopecuros, Bromus madrilensis, Avena sterilis.
Les
légumineuses: Scorpiurus
sp., Trifolum sp., Melilotus sulcatus, Medicago lappeacea,
Hedysarum flexuosum.
Les
espèces diverses: Ranuncalus
sp., Oxalis cernua, Chrysanthenum
sp., Calendula arvensis,
Daucus muricatus, Ridolfia
segetum, Convolvulus tricolor,
Sonchus asper, Catonancha lutea.
La
pratique des prairies annuelles est à la base d’une controverse entre les
adeptes de la défense de la productivité d’une céréaliculture intensive et
ceux qui ont à défendre les intérêts que procurent une complémentarité à
leur troupeaux.
|
|
Les
parcours et les
pâturages
A
bien des égards ce sont les espaces les plus importants
qui
confèrent à un élevage conduit en grande partie en extensif sa dimension de
grande richesse biologique, induisant une symbiose avec les vécus et les
conditions socio-économiques d’une grande majorité de pasteurs.
La
phyto-écologie de ces vastes étendues est aisée à établir, comme il est
difficile aussi d’évaluer l’importance annuelle de la biomasse végétale
en raison de l’influence des facteurs pluvio-thermiques, souvent aggravés par
les facteurs agrologiques et hypsométriques. Il est aussi à remarquer que,
durant ce demi-siècle écoulé, les meilleurs pâturages ont disparu avec le
recul du nomadisme et la progression méridionale de la céréaliculture qui a
introduit les outils de la mécanisation incompatible avec l’essence de ces
zones écologiquement adaptées à l’activité d’élevage.
Ces
pâturages et parcours intéressent géographiquement trois zones :
-
La
zone saharienne et pré saharienne
qui est dégradée par un broutement intensif et n’offre qu’une brève
période d’utilisation.
-
La
zone steppique des pâturages et des parcours des hauts plateaux, située
en dessus de l’isohyète des 300mm de pluies. Elle est soumise à un
rude climat continental, elle supporte la plus grande partie des effectifs
d’ovins d’Algérie. En plus de la vocation d’élevage de cette zone,
l’alfa est une ressource non négligeable et s’y trouve néanmoins en
situation précaire du fait, primo d’une surcharge périodique des
animaux de cette zone qui ne leur fournit que 50 UF/ ha/an, soit sur la
base de 400 UF/an/mouton, une charge de 1 tête /an pour 8 ha au moins
souhaitable pour éviter la surcharge et, secondo, d'une durée d’exploitation
limitée par suite des sécheresses estivales d’avril - mai à septembre
- octobre qui occasionne un surpâturage fatal.
-
La
zone aride et semi-aride des hauts plateaux constitue,
quant a elle, la frange marginale de la steppe, avec une
pluviométrie comprise entre 300 et 400 mm de pluies. Dans cette zone on a
assisté à la destruction des meilleurs pâturages et des parcours
par l’établissement d’une céréaliculture aléatoire qui a compromis
durablement les fragiles équilibres phytoécologiques de ces zones.
Composition
botanique.
Sans
entrer dans la terminologie des phytosociologues qui ont étudié les
peuplements végétaux de la steppe Algérienne, nous pouvons indiquer indiquer
quelques-uns des grands groupements typiques ou des associations existantes.
Association
de l’alfa ( Stipa
tenacissima). L’alfa
est abondante entre les isohyètes 200 et 400mm de pluie. Dans les zones trop
pluvieuses, elle est remplacée par le Diss
(Ampelodesmos tenax). Il
est éliminé des dépressions limoneuses et des sols argileux par le Chih
(Artemisa herba alba).
Dans les sols argileux peu salés, il est remplacé par le Sennagh
(Lygaeum spartum).
L’alfa
n’est pas une plante fourragère en raison de sa
haute teneur en cellulose et en lignine. Seuls le chameau et le cheval
sont apables de le consommer. Toutefois les herbivores peuvent brouter les
jeunes pousse tendres qui se développent en végétation active durant la
période allant de Mars à Juillet.
La
steppe à alfa abrite toute une flore pâturée par les ovins, constituée par
des thérophytes(plantes annuelles à existence brève) se développant au
printemps à l’abri des touffes, on y rencontre aussi quelques
hémicyptophytes (plantes à bourgeons de remplacement au niveau du sol) et des
géophytes (plantes à bourgeons de remplacement enfoncés assez profondément
dans le sol).
En
évoquant l’ancienne forêt primitive du pin Alep, il faut mentionner l’existence
dans les steppes à alfa et à armoise, la présence d’un arbre
remarquable : le betoum (Pistacia
atlantica) qui
ne peut se développer qu’en compagnie du jujubier
( Zizyphus lotus).
La
pérennité de cette association, en dépit des atteintes millénaires de la
part des pasteurs, peut s’avérer utile et essentielle à l’aménagement
pastoral.
Association
du Chih (Artemisia
herba alba). Dans
la steppe à Chih, les touffes espacées qui parsèment le sol sont
constituées par des chaméphytes, quelques hemicryptophytes et de
nombreux thérophytes qui se développent au printemps.
Association
du Sparte (Lygeum
spartum). Moins
fréquente, on la trouve dans les terrains argileux, un peu humide et
légèrement salés. Comme la steppe à Chih, la steppe à Sparte est un
pâturage pauvre pour ovidés et camélidés. On estime qu’elle ne peut
supporter qu’un mouton sur 10 à 20 hectares, ce qui correspondrait à
une productivité calorifique annuelle de 20 à 40 unités fourragères
par hectare.
Association
du Drinn (Aristida
pungens). Elle
existe sur les dunes et les sols sablonneux, elle est broutée par les
camélidés. Le drinn
s’est admirablement adapté aux conditions difficiles des steppes à sable,
supportant l’ensablement et le déchaussement, captant le maximum d’eau du
sol par la gaine mucilagineuse de ses poils racinaux.
Steppes
salées dans les bas-fonds. Sises
autour des chotts, elles concourent à l’alimentation des animaux et
comportent plusieurs associations à chénopodiacées.
Ces halipèdes (steppes salées) constituent d’excellents pâturages,
dont la permanence durant la saison sèche assure l’approvisionnement de
nombreux troupeaux des hauts plateaux, quand les autres steppes n’offrent
plus de ressources fourragères.
|
|