Observatoire de l'élevage Retour vers la page d'acceuil

FILIERES AVICOLES ET PETITS ELEVAGES  

 

LA GENÈSE

le DIAGNOSTIC

les ACTEURS

 

 Les filières avicoles algériennes: la genèse.

Elevage des reproducteurs en AlgérieLes filières avicoles algériennes ont connu un développement considérable en relation avec les politiques avicoles incitatives mises en œuvre au cours de la décade 1980-1990. A l’origine, leur mise en place a reposé sur une approche « volontariste » des pouvoirs publics qui, compte tenu de l’inélasticité des productions animales classiques, ont opté pour le développement d’une production avicole « intensive ». D’emblée, cette politique a été inscrite dans la perspective de l’autosuffisance alimentaire. La recherche d’un auto approvisionnement massif et régulier des marchés avait alors conduit l’État, dès 1980, à rechercher la remontée des filières avicoles par l’implantation de l’ensemble des maillons industriels de la filière, principalement ceux de l’amont.

            La mise en œuvre de cette politique a été confiée dès 1970 à l’ONAB et, depuis 1980, aux offices publics issus de la restructuration de ce dernier (ONAB, ORAC, ORAVIO, ORAVIE). Ce processus a mis, certes, fin aux importations de produits finis mais a accentué le recours aux marchés mondiaux pour l’approvisionnement des entreprises en intrants industriels (Inputs alimentaires, matériel biologiques, produits vétérinaires, équipements).

           

            Les filières avicoles évoluent depuis 1990 dans un environnement caractérisé par la mise en œuvre de réformes économiques dans le sens du passage d’une économie planifiée à une économie de marché. Elles subissent, par ailleurs, les effets du PAS appliqué durant la période 1994-1998. Ces réformes progressent dans le sens du désengagement de l’État de la sphère économique et du renforcement de son rôle de régulateur et de puissance publique.

 

Au plan des structures, la filière avicole a connu, depuis 1997, une restructuration profonde dans le sens de l’émergence d’entreprises et de groupes intégrés (aliments du bétail, reproduction du matériel biologique, abattage). Une étape importante a été franchie dans ce sens avec l’intégration de l’ensemble des offices impliqués dans la production avicole au sein du holding public «Agroman » (sphère des décisions stratégiques). C’est ainsi que les unités de production des offices (ONAB et groupes avicoles) ont été érigées en 27 filiales (EURL) sous l’égide de groupes industriels régionaux (GAO, GAE, GAC) dont l’actionnaire principal n’est autre que l’ONAB. Ce dernier exerce, en outre, les fonctions de centrale d’achat au profit des entreprises de la filière, l’OAIC s’étant définitivement désengagé de la filière avicole alors que l’ONAPSA a été dissout.

 

Ces réformes consacrent le désengagement de l’État de la gestion directe de l’économie (y compris de la sphère agroalimentaire). Elle a induit une complexification du fonctionnement des filières avicoles avec l’apparition d’opérateurs privés impliqués dans le commerce extérieur (Importation de facteurs de production) et dans la production du matériel biologique (Cf. Acteurs et potentiel). Ceci complique davantage la gouvernance et la régulation de ces filières, et ce d’autant plus qu’elles font l’objet depuis l’an 2000, d’un soutien financier dans le cadre du programme national du développement agricole (PNDA). L’objectif visé par ce dernier étant le développement de la production agricole en vue de préparer l’agriculture au nouveau contexte régional et international.  

L'année 2004 constitue sans nul doute un tournant décisif dans l'évolution des filières avicoles en Algérie dans la mesure où les pouvoirs publics envisagent la privatisation de la quasi totalité des entreprises publiques impliquées en amont dans la production des intrants destinés à l'aviculture. En effet, le groupe industriel ONAB, principal actionnaire des entreprises avicoles publiques, est proposé à la privatisation. Top.

 

Analyse -diagnostic des filières avicoles algérienne.

Le développement des filières avicoles en Algérie a permis d’améliorer la consommation des populations urbaines en protéines animales à moindre coût ; et ce en dépit de leur prix excessivement élevé en relation avec la faiblesse de la productivité des élevages conjuguée aux prélèvements opérés par les sphères d’aval. Cependant, le fonctionnement de la filière avicole est confronté présentement à certain nombre de contraintes majeures qui entravent son développement.

 

Des filières complexes et peu intégrées.

Les filières avicoles se caractérisent par une structure complexe faisant intervenir un nombre important d’acteurs ayant des statuts différents (Entreprises publiques, coopératives, entreprises familiales…etc.

Les filières avicoles connaissent un dysfonctionnement profond du fait de l'inexistence de pôles industriels structurants, en amont, qui se traduit plutôt par la constitution d'appareils de production, soit un ensemble d'activités techniquement interdépendantes mais, qui du point de vue fonctionnel, restent peu articulées les unes par rapport aux autres.

L'absence de coordination horizontale entre les entreprises d'amont fait que celles-ci sont dans l'incapacité d'assurer un fonctionnement cohérent du package technologique avicole à l'échelle des ateliers avicoles.

Aussi, la maîtrise insuffisante du modèle avicole intensif tiens moins aux «problèmes » techniques, qui sont réels, qu'aux difficultés à assurer la cohérence du package technologique mis en œuvre dans le cadre d’une filière « éclatée » dépourvue de pôles intégrateurs. De ce point de vue, les restructurations industrielles mises en œuvre depuis 1996 n’apportent qu’une solution partielle au problème posé.

Au demeurant, l’option pour la privatisation des entreprises publiques avicoles (Groupe ONAB), enclenchée depuis 2004, témoigne de ce que toutes les tentatives visant à les réhabiliter et à rééquilibrer leurs structures financières se sont soldées par un échec.

 

Remontée des filières avicoles: un processus contrarié.

Le processus de remontée des filières avicoles[1] ne n'est réalisé que partiellement et reste bloqué, actuellement, au stade des reproducteurs « Chair » et « Ponte ». Les métiers de base (multiplication des grands parentaux et des arrières grands parentaux, production des produits vétérinaires et des additifs) et l'industrie des équipements avicoles n'existent pas en Algérie. Quoique nécessaire pour le développement de ces segments et la modernisation de la filière, le partenariat reste embryonnaire dans ce domaine.

A cet effet, le fonctionnement des industries d'amont repose sur le recours aux importations et passe par la mobilisation de ressources financières importantes (220 millions USD). Avec un taux moyen de 80 %,  les matières premières et les additifs destinés à la fabrication des aliments avicoles occupent une part prépondérante dans la structure de la valeur globale des importations.

 

Mais au-delà du problème posé par la dépendance, il reste à relever que les entreprises d'amont sont confrontées aux difficultés de maîtrise des technologies dont les effets transparaissent, notamment, à travers l’existence d’une variabilité sur la qualité des intrants, la faiblesse relative des performances techniques (Offices, Opérateurs privés), la fluctuation (Offices) voire la faiblesse (Opérateurs privés) des taux d'utilisation des capacités de production à l’origine des surcoûts de production.

L'absence de coordination horizontale entre les entreprises d'amont fait que celles-ci sont dans l'incapacité d'assurer un fonctionnement cohérent du package technologique avicole à l'échelle des ateliers avicoles.

Fortement dépendantes du marché mondial des intrants et des technologies avicoles et peu efficientes du point de vue technologique, les entreprises d'amont éprouvent des difficultés à réunir les conditions techniques et économiques favorables au fonctionnement des ateliers avicoles et conformes aux exigences du modèle avicole mis en œuvre.

 

Ces entreprise subiront, cependant, à partir de 1992, les conséquences de la récession économique. En effet, le reflux de la demande en produits avicoles et, donc, en intrants a eu des répercussions négatives sur les offices avicoles dont le taux d'utilisation des capacités de production a été significativement réduit et l'ONAB dont la production a fortement régressé.

 

Production et productivité des élevages avicoles: des structures atomisées, une faible productivité.

Le développement de la filière avicole en Algérie, s'il a permis d’accroître la production avicole et d'assurer l'approvisionnement des populations urbaines en produits avicoles, n'a pas été sous tendu pour autant par la maîtrise des conditions techniques et économiques de production. Au demeurant, cette dernière a régressé de plus de 30 % durant la période 1989-1998 du fait de la dépréciation des marchés des produits avicoles.

 

Outre l'inexistence de bâtiments normés, les élevages avicoles se distinguent  par le non-renouvellement des investissements, depuis 1990, engendrant une décapitalisation des infrastructures et des équipements qui se répercute négativement sur les performances zootechniques. Cette situation est d'autant plus accentuée que les ateliers avicoles connaissent un sous équipement  chronique qui transparaît  à travers la structure des charges des ateliers avicoles dans laquelle les investissements sont négligeables. Cette situation se traduit par :

-  une faiblesse des performances zootechniques qui s’écartent de – 60 % par rapport aux résultats enregistrés par élevages français ( Cas des élevages de poulet de chair ).

- des coûts de production élevés grevés par les charges alimentaires et, dans le cas du poulet de chair, par les frais vétérinaires conçus par les producteurs comme une « panacée » à leurs problèmes techniques.

 

La dégradation des conditions économiques de production amorcée à partir de 1992 (Hausse des prix des intrants et stagnation des prix à la production) a été à l'origine d'un retrait massif des aviculteurs de la filière avicole se traduisant  par la baisse de la demande en facteurs de production. Le rétrécissement du pouvoir d'achat industriel (Cf. Annexe), les risques économiques encourus ainsi que les difficultés de trésorerie des producteurs sont autant de facteurs qui expliquent le désengagement de ces derniers de la filière avicole.

Il faut relever, dans cette perspective, que les producteurs d’œufs ont été les plus affectés par la dépréciation du marché des produits avicoles, et ce contrairement aux éleveurs de poulets de chair qui bénéficient d’une évolution relativement favorable des marchés  et d’une capacité à se soustraire aux aléas de ce dernier dans la mesure où la nature même de l’activité le permet (Cycle d’exploitation limité à deux mois).

 

 Prix  relativement élevés et marchés des produits avicoles peu organisés.

Le soutien de l'État au développement de l'aviculture intensive a permis à ce dernier d'accroître les disponibilités par capita et de rendre accessible les produits avicoles aux catégories sociales à bas revenus, en relation avec la faiblesse relative des leurs prix.

Il est à remarquer que dans les cas de l'aviculture, dont les intrants majoritairement importé bénéficiaient autrefois d'une subvention, la suppression de ces derniers et les effets des dévaluations du DA ont entraîné une croissance des coûts de production qui, au début, a été  largement répercutée sur les consommateurs, mais la baisse de la de la demande qui en a résulté  a amené progressivement les opérateurs privés à plus de réalisme dans la gestion des coûts et des prix.

Mais, comparativement aux pays développés, les prix à la consommation, critères fondamentaux ayant prévalu à l'adoption du modèle avicole intensif en tant que source d'approvisionnement  des villes en protéines animales, restent relativement élevés, en Algérie, du fait de :

- La faiblesse relative de la productivité des élevages à l'origine de l'accroissement des coûts de production.

- La faiblesse des gains de productivité, réalisés sur les filières avicoles, transférés vers les consommateurs, corrélativement à l'accaparement d'une part non négligeable de ces gains par les sphères d'aval (Capital commercial privé ).

 

Par ailleurs, nous assistons, depuis 1992, à une tendance à la baisse de la consommation des produits avicoles en relation avec la dégradation du pouvoir d'achat des consommateurs, se traduisant par le reflux de la demande notamment celle du poulet  de chair.

 

Enfin, les marchés des produits avicoles se caractérisent par leur désorganisation prononcée, leur opacité ( en matière d’information ) et l’emprise du capital commercial privé dont les activités, franchement spéculatives, sont à l’origine des fluctuations brutales et de l’instabilité des prix sur les marchés qui contribuent au dérèglement de l’ensemble de la filière avicole et entrave toutes les tentatives visant à assurer une planification rigoureuse des flux.

 

S’il fallait se résumer, nous dirons que le fonctionnement des filières avicoles en Algérie se heurte à :

  • Une dépendance structurelle notamment pour les matières premières alimentaires, certains intrants biologiques (Poussins reproducteurs)et les technologies avicoles.

  • La fragilité économique et la faiblesses technologiques des industries d’amont accentuées par le désengagement de l ‘État et la mise en œuvre des PAS (1994-1998).

  • Des marchés peu fluides caractérisés par l’importance des marges commerciales qui grèvent lourdement les prix à la consommation.

  • Le développement de la filière avicole est actuellement confronté au caractère « archaïque » et désarticulé du système de transfert[2] qui est à l’origine de gaspillages et de pertes importantes. La faible efficience du système de transfert est, par ailleurs, source de surcoûts qui alourdissent la structure des prix à la consommation et pose ainsi un problème de taille aux pouvoirs publics en matière de politique de régulation et de qualité des produits avicoles.

  • Le fonctionnement actuel des filières avicoles pose également un autre problème : celui de l’approvisionnement alimentaire des centres urbains, de la régulation des filières et des marchés des produits avicoles. Le processus d’urbanisation rapide s’est en effet traduit par une complexification de la filière avicole en raison de la coexistence de nombreux acteurs, ayant des objectifs différents, souvent antagoniques, et de l’enchevêtrement des circuits d’échanges qui les relient. Top

 

 Les filières avicoles: Acteurs et potentiel de production.

 

Activités

 

Opérateurs privés

Opérateurs publics

Observations

Importateurs de produits vétérinaires.

67 opérateurs

-

Ces acteurs ont émergé consécutivement à la libéralisation du commerce extérieur en 1994-1995.

Importateurs de matériel avicole.

58 opérateurs

Sociétés de vente en gros des produits vétérinaires.

101 opérateurs

-

En absence de données statistique, l’activité de ces opérateurs reste difficile à saisir.

Commerce de gros de céréales et aliments du bétail

276 opérateurs

-

Commerce de détail des aliments du bétail

1118 opérateurs

 

Industrie des aliments du bétail

330 « fabriques » :

1060 Tonnes / Heure.

24 unités de production :

374 T / Heure

Dans le cas du secteur privé, il s’agit de petites fabriques (- de 10 salariés) spécialisées dans l’aliment chair et ruminant.

Élevages des reproducteurs chair

161 Éleveurs

Capacité d’élevage : 2.5 millions sujets/An

16 Unités de production

Capacité d’élevage : 1.07millions sujets/An

- Entreprises spécialisées dans la production de l’œuf à couver et des poussins chair.

- Les entreprises publiques disposent d’un potentiel technologique et humain important mais sa mise à niveau s’impose.

- Les élevages privés sont de taille réduite.

Accouvage « chair »

Nombre d’unités : 163

Capacité: 284 millions poussins/an

16 unités de production

140 millions de poussins/An

Élevage des   reproducteurs  ponte

 

Nombre d’unités: 3

Capacité : 346000 sujets/An

- Entreprise spécialisées dans la production des œufs à couver et des poussins « ponte ».

- Maillon d’implantation récente. Il est dominé par le secteur public.

Accouvage ponte

 

Nombre d’unités : 3

16 millions de poussins /An

Élevage de  poulettes  démarrées.

Nombre unités : 68

Capacité instantanée d’élevage : 1.4 millions sujets

Nombre d’unités :  40

Cap. instantanée. d’élevage : 8 millions  de sujets

- Unités spécialisées dans la production de femelles pondeuses.

- Les élevages du secteur public sont de type industriel.

Élevage  de poulets de chair

15000 éleveurs

230 000 tonnes de poulet /An

24 unités

13000 de tonnes de poulet /An

- Maillons dominés par le secteur privé.

- Élevages familiaux extensifs fonctionnant sur la base d’inputs industriels (Souches aviaires, aliment industriel, produits vétérinaires).

- Le poulet produit en Algérie correspond au poulet standard français (1.8 à 2 Kg).

Élevage des pondeuses

4000 éleveurs

4.2 milliards œufs/an

9 unités

0.4 milliards œufs/an.

- Secteur privé : Élevages familiaux en batterie de taille moyenne ( 5000 sujets)

Abattage

155 000 tonnes de poulet /an

179000 tonnes de poulet /An

- Les abattoirs du secteur privé sont de type artisanal (Secteur informel).

- Les abattoirs du secteur public sont de type industriel (1500 poulets/heure en moyenne). Leurs capacités sont sous utilisées.

Découpe et transformation des viandes avicoles.

Très peu développée

Certains abattoirs réalisent cette activité, mais elle reste marginale

Industrie peu développée en Algérie en relation avec la faiblesse du pouvoir d’achat et le modèle de consommation en vigueur

Conditionnement des oeufs

266 opérateurs

-

Le conditionnement alvéolaire (de 30 œufs) se fait au niveau des producteurs

Commerce de gros des produits avicoles

-

-

- Unités de taille réduite.

Commerce de détail des produits avicoles

11.000 opérateurs

Une dizaine de points de vente.

Le mode de commercialisation dominant : poulet abattu (Plein et évidé), alvéoles de 30 œufs.

Source : Observatoire des filières avicoles. d’Algérie  (OFIAAL)

 

  Top

[1] Implantation des industries d’amont (Agrofourniture).

[2] Système de transfert : mise sur le marché des produits avicoles, approvisionnement des abattoirs à partir des ateliers avicoles, les marchés de gros, le système de commercialisation des abattoirs publics et privés, le commerce de détail, le transport et le stockage des produits avicoles.