LA DYNAMIQUE ASSOCIATIVE EN ALGÉRIE
VERS DES NOUVELLES FORMES DE SOUTIEN ET D’AIDES
PUBLLIQUES
Le constat est désormais établi. La
vie associative en Algérie a connu une nette régression depuis la fin
des années 90 attestée par le reflux des activités et de la démographie
des associations(1). Le nombre d’associations fonctionnelles agréées par
l’État est estimé, selon des sources officielles, à 62000 dont prés d’un
millier à vocation nationale. Le taux d’adhésion de la population adulte
aux associations demeure dérisoire (2) au regard des besoins de la
société et du contexte sociopolitique Algérien. Le déclin de la
dynamique associative est encore plus prononcé pour les associations
intervenant dans la sphère de la promotion des droits de la personne
humaine (Droits de l’Homme, droits des femmes et de l’enfance).
La crise politique et sécuritaire
majeure vécue par l’Algérie, au cours de la période 1995-2000, a sans
nul doute fortement contribué à perturber le processus de consolidation
du tissus associatif créé dans le sillage de la
promulgation de la Loi 90-31 relative aux associations et de
l’ouverture de l’espace public consacrée par la constitution du 23
janvier 1989. Mais au-delà de la contingence sécuritaire et politique,
il reste à relever que les contraintes et les restrictions financières
ont largement concouru à l’étiolement du champ associatif réduisant ce
dernier à quelques manifestations épisodiques sans portée particulières
sur les populations et la société en général.
En effet, les
législations promulguées depuis la fin des années 90 s’inscrivent
dans la perspective du contrôle de la dynamique associative. Les
pouvoirs publics envisagent, en outre, d’introduire des amendements à la
loi 90-31 dans les sens d’un contrôle plus drastique des procédures
d’agrément et de financement des associations. Enfin, précisons que
depuis deux années les associations actives dans la sphère sociale et
économique ne bénéficient que d’aides financières publiques rattachées à
des projets soumis à l’Etat pour approbation.
Les mécanismes de financement
systématique des organisations associatives par le budget de l’Etat
laisse progressivement place à des approches « pragmatiques »
privilégiant le financement des projets et des programmes formulés et
exécutés localement par les associations. Cette nouvelle approche du
financement concerne plus particulièrement les associations impliquées
dans les domaines socio-économiques dont le financement des activités
est assuré aussi bien par des fonds nationaux publics qu’internationaux
associant des organisations internationales à l’instar de l’Union
Européenne.
C’est dans ce contexte de
« rationalisation » des dépenses publiques destinées au soutien du
mouvement associatif que s’inscrit désormais l’ensemble des activités
développées par les ONG. En effet, au cours des dernières années,
l'Algérie a bénéficié du programme de l'Initiative Européenne pour la
Démocratie et les Droits de l'Homme qui a permis la mise en œuvre de
prés d’une vingtaine de projets liés aux droits de la personne humaine.
Un autre programme, portant
«Appui aux associations
algériennes de développement» (ONG I), a été financé en l’an 2000
par la Commission européenne pour un montant de 5 millions d’Euros pour
le soutien de l’activité de 73 associations (Stages de formation, appui
technique et matériel) dans des domaines aussi diversifiés que
l'environnement, la culture, la protection de l'enfance, la jeunesse, le
patrimoine national et l'appui social.
Au titre du second volet portant
«Appui aux associations algériennes de développement » (ONG II), un
financement de 10 millions d’Euros a été octroyé à l’Algérie dans le
cadre du Programme MEDA pour la promotion et le soutien du mouvement
associatif et l’activité des associations dans les domaines de l’action
sociale, notamment la promotion des droits des femmes et des jeunes, la
protection de l'environnement et la promotion de l'écotourisme, l’action
culturelle et sportive, concernant notamment les femmes et les
jeunes, la préservation du patrimoine archéologique, le développement
communautaire et la promotion du développement durable. Une attention
particulière sera, en outre, accordée au « réseautage » et à la mise en
relation des associations en vue de la promotion des échanges inter
associatifs.
Ce projet, dont le démarrage est
annoncé pour le mois de septembre 2006, fournira aux ONG de l'assistance
technique et des subventions aux associations et un renforcement
institutionnel de l’Agence de développement social et des collectivités
locales.
Cette nouvelle approche du
financement des associations, si elle permet d'entrevoir des
perspectives fécondes pour la promotion de la vie associative en
Algérie, ne résout pas le lancinant problème de l'autonomisation du
champ associatif seul à même de garantir la consolidation de ce capital
social garant de la solidité de la société civile en naissance et de
l’insertion sociopolitique des citoyens.
1 -
Selon une enquête, réalisée par le CRASC, le taux de
disparition des associations a été estimé à 80 % au niveau de la
région Oranaise. Cf. Ait Saadi Ahcène – Le monde associatif peu
représenté dans la population. Dépasser la crise de
l(adolescence. Quotidien El Watan, 14 janvier 2006.
2 - Le taux de
participation associative de la population a etait estimé, selon
certaines sources, à 5 % (11 % au Maroc). Ce taux est
encore plus faible en milieu rural (2% selon nos estimations)
|