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Introduction
Le regain d’initiatives, le foisonnement d’idées et les débats
contradictoires que l’on observe présentement au niveau de la société civile
rurale, de l’ensemble des agriculteurs et des éleveurs en particulier autour
des questions inhérentes au développement agricole et rural témoignent de ce
que les problèmes du monde rural ont gagné en ampleur et en complexité du
fait du processus de libéralisation et d’ouverture économiques.
De ce point de vue, il est désormais admis, à la suite des trois sommets de
la terre (Rio 1992, New York 1997, Johannesburg 2002), que nulle gouvernance
et encore moins celle des espaces ruraux et agricoles ne saurait se
concevoir sans l’implication effective des citoyens et des mouvements
associatifs(1). En effet, dans la majorité des
forums internationaux, l’on a tendance à relever l’importance de la
participation des organisations de la société civile dans la conception, la
planification, l’exécution, le suivi et l’évaluation des programmes de
développement agricole et rural.
Les débats qui agitent le microcosme associatif traduisent, néanmoins,
l’absence de consensus au sein du mouvement associatif, et entre ce dernier
et les pouvoirs publics. Ce consensus est d’autant pus nécessaire à
construire que le secteur agricole se trouve inscrit dans un contexte
national et international en mutation rapide qui exige des réponses idoines
et rapides aux questions posées par les exigences économiques et morales
d’amélioration de la sécurité alimentaire et des conditions de vie des
populations, de restauration des espaces ruraux et de consolidation de la
société rurale, de préservation de l’environnement et des ressources
biologiques dans le cadre de politiques publiques pertinentes.
Les impératifs de promotion de la participation sociale des groupes majeurs,
pour reprendre le vocable des organisations internationales, sont
particulièrement mis en exergue dans l’Agenda 21 et transparaissent, en
Algérie, à travers les programmes de développement agricole mis en œuvre
depuis le début des années 90. Qu’en est il réellement ?
Structuration du mouvement associatif dans le secteur agricole.
Il faudra sans doute remonter à l’année 1987 pour déceler la première
tentative de l’Etat d’asseoir les fondements d’un régime associatif souple.
En effet, c’est la loi de juillet 1987 qui va libéraliser sensiblement le
régime des associations. C'est le moment où les pouvoirs publics engagent
une première et timide ouverture de l'espace public, corrélativement au
désengagement de l'Etat d'une grande partie de ses tâches de développement
agricole (Restructuration des domaines agricoles socialistes, libéralisation
progressive des prix des biens alimentaires et des intrants
agro-industriels, réduction des subventions, remise en cause du système des
coopératives para étatiques). C’est ainsi que dans son rapport sur la loi à
l'Assemblée nationale populaire, le ministre de l'Intérieur justifiait cette
ouverture sur la société notamment par le fait que l'Etat doit se consacrer
à l'essentiel et céder aux associations un grand nombre de domaines relatifs
au bien-être et au confort du citoyen (2).
En fait, ce n’est qu’à la suite de la promulgation de la
loi N° 90 /31 du
04/12/1990
relative aux associations à caractère apolitique, appellation officielle des
ONG en Algérie, que nous assisterons au foisonnement des associations
dans le secteur de l’agriculture, des forêts et de la pêche. Ainsi, outre l’UNPA
(Union nationale des paysans Algériens), nous assisterons à la création
d’une multitude de syndicats, d’associations corporatistes et de chambres
d’agriculture. Mais, il faudra relever, néanmoins, que cette dynamique
enregistrera un ralentissement à partir de 1992, de même que les chambres
d’agriculture ne connaîtront pas une structuration suffisante pour
traiter les problèmes du développement agricole, sans compter le fait
qu’elles soient restées sous l’influence des administrations ce qui a
contribué à saper leur légitimité auprès des agriculteurs.
C’est à partir de 1995 que le dispositif d’encadrement associatif de
l’agriculture commence à se structurer se traduisant par l’émergence des
chambres d’agriculture et des conseils interprofessionnels. Une progression
importante sera néanmoins enregistrée consécutivement à la promulgation du
décret 96-43 du 27 juin 1996 définissant les activités agricoles et fixant
les modalités de reconnaissance de la qualité d’agriculteur. Celle-ci se
poursuit avec l’organisation des conseils interprofessionnels (Décret
exécutif 96-64 du 27 janvier 1996) dont les missions sont liées à la
régulation des marchés et l’orientation de la recherche et de la
vulgarisation. Les conseils interprofessionnels intègrent l’ensemble des
opérateurs impliqués et organisés autour de filières agricoles spécifiques
(céréales, pomme de terre, lait, produits avicoles) et constituent l’organe
consultatif pour l’État.
La mise en œuvre des diverses politiques publiques rattachées au
développement durable de même que les engagements internationaux de
l’Algérie a été l’occasion pour les pouvoirs publics d’asseoir les
fondements d’une réflexion orientée vers la mise en place d’un processus
d’association et d’implication des populations rurales et des différents
acteurs concernés compte tenu des impératifs auxquels est confronté le pays
en matière de conservation des ressources rares ( eau, terre, matériel
biologique) et de développement durable.
Les diverses réflexions et analyses développées depuis 1997 ont permis de
cerner les questions que soulèvent la formulation, l’adoption et la mise en
oeuvre d’une approche participative. Les principes du renforcement d’un
partenariat local, de la décentralisation, de la prise de décision de
l’administration et de la progressivité dans la mise en oeuvre de cette
approche ont été reconnus comme la condition indispensable à la mise en
oeuvre du l’ensemble des programmes de développement.
Les velléités de mise en oeuvre de politiques participatives, impliquant les
ruraux et le mouvement associatif apparaissent à travers de nombreux
programmes de développement à l’instar du programme national du
développement agricole et rural (PNDAR), du programme national du
développement de la pêche et de l'aquaculture (PNDPA) et du PNAE-DD.
Le cas de l’agriculture est, à cet effet fort significatif, dans la mesure
où les programmes constitutifs du PNDAR impliquent une participation sociale
importante(Cf. Tableau 1). Au demeurant, la stratégie décennale (2004-2013)
du développement agricole et rural (3) ne fait
que le confirmer. C’est ainsi qu’il est désormais admis que "L’appui
institutionnel à la stratégie décennale (devra) reposer en particulier sur
la nécessité de la promotion, de la consolidation et du renforcement du rôle
des organisations professionnelles (associations, chambres d’agriculture)"
(4) conçues comme des instruments de consultation et de concertation
entre les agriculteurs et les institutions publiques pour la défense des
intérêts socio professionnels de leurs adhérents (5) .
Pour les planificateurs du développement agricole « Ces organisations
(seront) appelées à servir de cadre d’appui à l’expression des besoins de
leurs adhérents et à la mise en œuvre des programmes mis en œuvre»
(6) par les pouvoirs publics (Cf. Infra).
Dans cette perspective, et s’agissant des chambres d’agriculture, les
pouvoirs publics envisagent « le renforcement de leur autonomie financière
et de leur rôle en matière d’animation du monde agricole et rural"
(7).
Il reste présentement à s’interroger sur l’incidence de ces mesures sur la
structuration et la dynamique du mouvement associatif dans l’agriculture
algérienne.
Le mouvement associatif dans l’agriculture : Bases sociales, structures et
domaines d’action.
Il existe peu de travaux sur les organisations associatives agricoles ce qui
rend l’analyse particulièrement ardue. Aussi notre contribution se base sur
le vécu professionnel des auteurs, les statistiques du ministère de
l’agriculture et des enquêtes réalisées dans le secteur des productions
animales.
Les associations syndicales, à caractère revendicatif, sont plutôt rares
dans le secteur de l’agriculture. Les quelques organisations existantes se
distinguent par une activité embryonnaire centrée essentiellement sur
les questions relatives aux réformes foncières et l’assainissement de la
dette des agriculteurs.
Les chambres d’agriculture connaissent un niveau de structuration assez
avancé et sont de plus en plus associées aux processus de prises des
décisions à tous les niveaux de l’Etat.
Au-delà de la représentativité discutable (8)
de ces organisations, le fonctionnement de cette catégorie d’associations
pose la problématique de leur autonomie vis-à-vis des administrations
locales et centrales (9).
Les associations agricoles corporatistes spécifiques ont, quant à elle,
connu un développement sans précédent depuis le début des années 90. Leur
nombre et actuellement évalué à prés de 1200 associations (Cf. Tableau 2)
soit un taux d’adhésion des populations rurales adultes de 2 %. Ce chiffre
traduit l’étroitesse de la base sociale du mouvement associatif agricole et
témoigne de la faiblesse de sa capacité de mobilisation.
Ces associations se caractérisent, en outre, par un rayonnement
essentiellement local de leurs activités. De ce point de vue, une enquête
réalisée sur les associations impliquées dans le secteur de l’élevage a
permis de relever que 50 % des associations exercent leurs activités à
l’échelon des wilayate et 43 % au niveau des communes, les associations
nationales étant quasiment inexistantes (Cf. Tableau 3).
L’activité de associations agricoles s’étend à plusieurs domaines. Une
première lecture des données révèle que 59 % des associations, représentant
56 % de la population adhérente, interviennent dans les domaines du gros
élevage, de la céréaliculture, de l’aviculture, du maraîchage et des forêts
(Cf. Tableau2). Mais des domaines aussi importants que l’irrigation, la
production des semences et l’arboriculture restent sous représentés.
La constitution des associations semble se focaliser sur les modèles
intensifs à fort contenu en capital (Matériel biologique, semences, engrais,
pesticides) faisant aussi l’objet d’interventions étatiques multiformes
(Soutien des prix à la production, allocation de primes de production,
couverture des risques climatique…etc.).
Cette tendance se retrouve, par ailleurs, dans le domaine de l’élevage
puisque l’on notera que la majorité des associations se concentrent sur
l’élevage bovin (34 %), l’aviculture (19 %) et l’apiculture (10 %) (Cf.
Tableau 4). Il est fort symptomatique que des domaines aussi importants que
la santé animale, les petits élevages, les élevages caprins et camelins ne
soient que marginalement couverts par les associations.
Faudrait-il alors conclure que la constitution des associations soit
essentiellement liée aux comportements des agriculteurs visant à consolider
leur pouvoir de négociation sur les questions relatives à l’allocation des
ressources de l’aide publique ? Dans tous les cas, nous retiendrons le fait
que le dynamisme des associations agricoles semble intimement lié aux
domaines d’activités et aux filières fortement dominées par les
interventions de l’Etat.
|
Tableau 2. Structure du mouvement associatif dans le secteur de
l’agriculture, de la pêche et des forêts. |
|
Domaine d'activité |
Associations |
Adhérents |
Nombre moyen d'adhérents |
|
Nombre |
Structure (%) |
Nombre |
Structure (%) |
|
Gros élevage
|
226 |
20,12 |
24104 |
22,89 |
107 |
|
Agriculture générale
|
208 |
18,52 |
7878 |
7,48 |
38 |
|
Céréales
|
88 |
7,84 |
14585 |
13,85 |
166 |
|
Maraîchage
|
83 |
7,39 |
7040 |
6,69 |
85 |
|
Aviculture
|
61 |
5,43 |
12470 |
11,84 |
204 |
|
Irrigation
|
46 |
4,10 |
3316 |
3,15 |
72 |
|
Mise en valeur
|
34 |
3,03 |
2748 |
2,61 |
81 |
|
Production animale
|
34 |
3,03 |
3350 |
3,18 |
99 |
|
Apiculture
|
32 |
2,85 |
2726 |
2,59 |
85 |
|
Arboriculture
|
27 |
2,40 |
2305 |
2,19 |
85 |
|
Cultures industrielles
|
23 |
2,05 |
4324 |
4,11 |
188 |
|
Production de semences
|
17 |
1,51 |
983 |
0,93 |
58 |
|
Culture de la datte
|
16 |
1,42 |
1876 |
1,78 |
117 |
|
Production fruits/légumes
|
16 |
1,42 |
485 |
0,46 |
30 |
|
Viticulture
|
13 |
1,16 |
2798 |
2,66 |
215 |
|
Benific. exploitations
|
13 |
1,16 |
2274 |
2,16 |
175 |
|
Plasticulture
|
11 |
0,98 |
1286 |
1,22 |
117 |
|
Agrumiculture
|
9 |
0,80 |
1215 |
1,15 |
135 |
|
Oléiculture
|
6 |
0,53 |
1265 |
1,20 |
211 |
|
Autres
|
34 |
3,03 |
1286 |
1,22 |
38 |
|
Total secteur agricole |
997 |
88,78 |
98314 |
93,38 |
99 |
|
Forêts
|
99 |
8,82 |
6588 |
6,26 |
67 |
|
Pêches
|
27 |
2,40 |
383 |
0,36 |
14 |
|
TOTAL |
1123 |
100,00 |
105285 |
100,00 |
94 |
|
Sources : DSASI-MADR |
|
Tableau 3. Niveaux de représentation des associations de l’élevage en
Algérie |
|
Niveaux |
Nation |
Wilaya |
Daira |
Commune |
|
Elevage Bovin |
0 |
42 |
1 |
3 |
|
Elevage Ovin |
0 |
13 |
0 |
10 |
|
Elevage caprin |
0 |
0 |
0 |
0 |
|
Elevage Camelin |
0 |
3 |
0 |
5 |
|
Camelin-Ovin |
0 |
0 |
0 |
1 |
|
Camelin-caprin |
0 |
1 |
0 |
0 |
|
Ovin-Bovin |
0 |
0 |
1 |
0 |
|
Elevage |
0 |
5 |
0 |
35 |
|
Aviculture |
0 |
24 |
3 |
11 |
|
Apiculture |
0 |
15 |
1 |
4 |
|
Petits élevages |
0 |
0 |
0 |
1 |
|
Santé animale |
0 |
2 |
0 |
0 |
|
Femme rurale |
0 |
0 |
8 |
11 |
|
Agriculture élevage |
0 |
0 |
1 |
11 |
|
Cumul |
0 |
105 |
15 |
92 |
|
Structure % |
0 |
50 |
7 |
43 |
|
Source : Enquête réalisée par l’ITELV |
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Tableau 4. Structure du mouvement associatif dans le secteur de
l’élevage |
|
Types d’élevages |
Nombre d’associations |
Structure (%) |
|
Elevage Bovin |
50 |
23 |
|
Elevage Ovin |
23 |
10 |
|
Elevage caprin |
0 |
0 |
|
Elevage Camelin |
8 |
4 |
|
Association Camelin/Ovin |
1 |
0 |
|
Association Camelin/caprin |
1 |
0 |
|
Association Ovin/Bovin |
2 |
1 |
|
Elevage |
42 |
19 |
|
Aviculture |
39 |
18 |
|
Apiculture |
21 |
10 |
|
Petits élevages |
1 |
0 |
|
Santé animale |
2 |
1 |
|
Femme rurale |
19 |
9 |
|
Agriculture élevage |
| |