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L’Algérie donne l’image du pays des
paradoxes faisant se cohabiter une aisance financière au plan
macroéconomique et une pauvreté salariale ! Deux conférences récemment
tenues, en Algérie, ont permis de mettre en exergue cette situation.
1 – l’Algérie. Un pays
riche ?
Le constat de l’aisance financière de
l’Algérie a été dressé par Ahmed Benbitour, Expert économiste et ancien
Premier ministre, dans une conférence
[1] le 07
octobre 2007, par la fondation Friedrich Ebert.
M. Benbitour
estime que l’économie algérienne vit une aisance
financière avec une position étrangère des plus confortables. « Nous
avons aujourd’hui, plus de 80 milliards de dollars de réserves de changes
contre une dette extérieure de moins de un milliard de dollars, un budget à
fort excédent estimé à 12% du produit intérieur brut et enfin un taux
d’épargne élevé. Nous épargnons 56% du PIB. Ce qui nous autorise aujourd’hui
à un taux d’investissement de 32% et un taux thésaurisation de 24%. Donc, il
y a des ressources financières disponibles pour amorcer une nouvelle
politique de développement », note l’Auteur. L’Algérie, ajoute M. Benbitour,
est aussi caractérisée par une « aubaine
démographique ». La structure démographique de l’Algérie ira en se
modifiant entre 2000 et 2030. Il y aura la stagnation de la classe des
effectifs 0 - 15 ans, en d’autres termes ceux qui n’arrivent pas sur le
marché du travail. Sur les trente ans, cette tranche va passer de 10,3
millions à 10,4 millions. Par contre, il y aura une forte croissance de la
population âgée de 16 à 59 ans qui va arriver sur le marché du travail.
Cette population va passer de 18,2 millions à 28,5 millions. L’Algérie
connaîtra une amorce de la croissance de la population de plus de 60% qui va
passer de 2 millions à 5 millions. M. Benbitour estime qu’il y a là une
forte opportunité. Pourquoi ? Selon lui le ratio de l’âge de dépendance va
passer de 76 en 2000 à 63 en 2003. En d’autres termes, si vous avez 100
personnes en âge de travailler en 2000, ils auront à supporter 76 personnes
de moins de quinze ans ou de plus 60 ans. En 2030, ils ne seront que 63.
Pour autant, l’économie algérienne est une économie exportatrice nette de
richesse et de capital financier. Le volume des réserves de change
avoinerait les 150 milliards de dollars à l’horizon 2010, pour un niveau
dette extérieur quasiment nul.
2- L’Algérie. Un pays
dont les salariés sont pauvres !
Dans une conférence animée par le
professeur A. Benchanhou, Ancien Ministre des finances de l’Algérie, la
problématique de la pauvreté salariale a été abordée.
En matière de
constat, l’ancien ministre des Finances estime que l’Algérie, pour des
raisons nombreuses, s’est installée dans une
pauvreté salariale. « A quelques exceptions près, c’est un pays
incontestablement caractérisé par une pauvreté salariale, c’est-à-dire la
faiblesse du pouvoir d’achat du monde des salarié ».
Selon l’auteur,
loin d’être une « loi naturelle », la pauvreté est liée à cinq facteurs
fondamentaux en Algérie.
La première
est que l’Algérie a connu au cours des vingt dernières années un
bouleversement profond de son modèle de consommation. « Les Algériens de
2007 n’ont pas grand-chose à avoir avec ceux de 1990 et encore moins avec
ceux des années 70 », précise-t-il, en évoquant l’apparition de nouveaux
produits, de nouveaux services, l’extension de l’accès à différents types de
facilité et l’apparition d’un phénomène qui n’est pas négligeable, celui du
crédit à la consommation et de l’endettement des
ménages. « C’est donc une pauvreté salariale relative à un
modèle de consommation qui a changé profondément »,
explique-t-il.
La deuxième
raison est liée l’évolution des revenus en Algérie. « Si vous regardez au
cours des dernières années l’évolution des revenus en Algérie, vous
constatez que la masse salariale dans la formation des revenus des ménages a
perdu de l’importance au profit des entrepreneurs individuels », affirme
l’Auteur. Le salariat n’est plus la norme en Algérie. Et parce que le
salariat n’est plus la norme et que les autres revenus autres que salariaux
se développent très vite, les salariés vivent une situation de pauvreté
salariale.
La troisième
raison importante est que la pauvreté salariale résulte logiquement de la
faiblesse des entreprises Algériennes.
La quatrième
raison est liée à l’environnement mondial. L’Algérie, dit-il, est entrée
dans une zone de turbulences dans ses relations avec l’économie mondiale.
L’économie mondiale n’est plus ce qu’elle était. « Nous allons vers une
économie mondiale de plus en plus inflationniste
avec des pénuries beaucoup plus importantes,
sur l’ensemble des marchés de biens, d’équipement, intermédiaires et de
consommation », prévoit A.Benachenhou. « Il faut s’attendre, au cours des 10
à 15 années prochaines (…), à ce que l’inflation
importée soit autrement plus importante que celle que nous avons
connue ».
La cinquième
raison explicitée par Benachenhou, qualifiée de « question
centrale » concerne l’accès au logement.
« Le pouvoir d’achat va se jouer sur la facilité ou la difficulté d’accès au
logement », soutient-il. « Les prix ont pris des dimensions absolument
ahurissantes, il faut au moins deux si non trois salaires dans un ménage
pour pouvoir faire face à la hausse des prix du logement et des loyers ».
« C’est une question centrale quand en parle des salaires et des prix.
C’est la place du logement dans le budget des
Algériens au cours des dix prochaines années. Si aucune mesure
sérieuse n’est prise sur la question du logement, la plupart des Algériens
vont tomber dans la problématique du logement social », note encore
Benachenhou. Parce que les autres catégories d’offres de logements
n’évoluent pas comme elles devraient l’être, parce que la promotion
immobilière privée est totalement contrainte. « Je voudrais attirer votre
attention fondamentale entre la situation des année 70 et la situation des
année 2000. Dans les années 70, l’inflation était là, les salaires suivaient
l’inflation plus au moins bien. Mais il y avait un élément fondamental qui
joue un rôle de stabilisateur c’était le taux d’emploi dans les ménages.
C’est-à-dire que progressivement au cours des années 70 dans la même famille
vous avez des salaires de plus en plus nombreux qui entraient dans la
famille en raison de la dynamique de l’emploi. C’est une situation qui
n’existe plus.
Aujourd’hui dans
les circonstances de la croissance de l’économie algérienne, le taux
d’emploi dans les familles est stagnant. En d’autres termes on ne peut pas
compenser l’inflation par l’addition de deux ou trois salaires dans la
famille. C’était le cas dans les années 70. La situation a changé et cela
renvoie beaucoup à la création d’emplois productifs à haute productivité
dans l’économie algérienne ».
Pour les remèdes,
le professeur A. Benachenhou estime que l’Algérie « a tout un intérêt majeur
à mieux comprendre ce qui se passe sur le marché mondial qui évolue
progressivement vers des marchés de pénurie, c’est-à-dire à des marchés
haussiers ». En effet, « le prix du baril de pétrole estimé actuellement à
80 dollars, dans la réalité en termes de pouvoir d’achat, d’équipement
électrique et pétrolier et gazier... ne vaut plus que 50 dollars et pour
certains biens il ne vaut que 30 dollars ». « Je voudrais insister sur notre
capacité à analyser très sérieusement, l’avenir du fonctionnement des
marchés mondiaux des biens d’équipement parce qu’il y a des transformations
en cours qui sont très fortes », ajoute-t-il. Au-delà de la surveillance du
marché mondial, l’ancien ministre des Finances insiste sur la nécessité et
l’urgence « de libérer l’offre interne contrainte
en Algérie par le droit, par la bureaucratie, par l’insuffisance de
ressources humaines. « Ces contraintes doivent être levées, le plus
vite possible, notamment dans le domaine agricole
et de l’industrie », propose-t-il estimant que « l’administration
algérienne n’est pas tout à fait ouverte au développement pour des raisons
liées à son histoire, à sa rémunération et sa formation. En parallèle,
poursuit-il, « il faut mettre en œuvre une politique de la concurrence plus
importante et plus consistante que celle que nous avons ». « Nous avons une
législation de la concurrence, non des institutions de la concurrence, nous
n’avons aucune pratique de la concurrence. Nos marchés manquent de
concurrence, c’est-à-dire qu’ils sont à structure
oligopolistique », relève le conférencier. M. Benachenhou qualifie la
politique de logement d’essentiel. Abdelatif Benachenhou ne croit qu’il soit
« possible de fonder une politique tout en continuant la politique actuelle
de logement ». Il plaide là aussi sur l’impératif de
libérer l’offre du logement. Et pour libérer
l’offre du logement, il faut libérer celle des
assiettes foncières. Selon le même conférencier « Il est inacceptable
que la CNEP
dispose de 1 000 milliards de dinars de dépôts et que le niveau de ses prêts
immobiliers ne soit que de 160 milliards de dinars.
Enfin, M.
Abdelatif Benachenhou se dit frappé par le taux d’emploi des années 70 et le
taux d’emploi des années 2000. « Dans les années 70, le taux d’emploi
permanent et productif était de 2,5 en moyenne, actuellement il est en train
de diminuer. Je parle d’emplois permanents et productifs et non du
traitement social de l’emploi que nous observons actuellement »,
souligne-t-il plaidant pour une politique de l’emploi fondée sur une
croissance plus diversifiée.
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